ALBERT, POLIDORE
POLIDORE
SEsTSB ainsi marié sans qu*on en ait sçeu rien ! Puisse cette action se terminer à bien :
le ne sçay qu'en attendre, et ie crains fort du peie Et la grande richesse, et la iuste colère.
Mais ie Tapperçoy seul.
Dieu, Polidore. vient !
POLIDORE
le tremble à l'aborder.
ALBERT
La crainte me retient.
POLIDORE
Par où luy débuter!
ALBERT
Quel sera mon langage ?
POLIDORE
Son ame est toute emué.
ALBERT
Il change de visage.
POLIDORE
le voy. Seigneur Albert, au trouble de vos yeux Que vous sçauez desia qui m'ameine en ces lieux.
ALBERT
H«las! ouy.
POLIDORE
La nouuelle a droit de vous surprendre, Et ie n'eusse pas cru ce que ie viens d'apprendre»
ALBERT
l'en doy rougir de honte et de confusion.
POLIDORE
le treuue condamnable vne telle action^ Et îe ne prêtent point excuser le coupable.
ALBERT
Dieu lait mitericorde au pécheur mi&erable.
POLIDORE
C'est ce qui doit par vous estre considéré.
ALBERT
Il faut estre Chrestien.
POLIDORE
Il est tre«*assuré.
ALBERT
Grâce, au nom de Dieu, grâce, 6 Seigneur Polidore.
POLIDORE
Eh I c'est moy qui de roua présentement Pîmplore.
ALBERT
Afin de rQ]l>t!9xûr ie.siç >ette à genoux.
POLIDORE
le dois en cet état estre plutost que vous.
ALBERT
Prenez quelque pitié de ma triste auanture.
POLIDORE
le suis le suppliant dans vne telle iniure.
Vous me fendez le cœur auec cette bonté.
POLIDORE
Vous me rendez confus de tant d'humilité.
ALBERT
Pardon , encore vn coup.
POLIDORE
Helas! pardon, vous mesme.
ALBERT, l'ay de cette action vne douleur extrême.
POLIDORE
Et moy, l'en tuis touché de mesme au dernier poînct.
ALBERT, rose vous conuîer qu'elle n'éclate point.
POLIDORE
Helas, Seigneur Albert, ie ne veux autre chose.
ALBERT
Contenions mon honneur.
ipOLlDORE.
Hé ! ouy, ie m'y dispose.
ALBERT
Quant au bien qu'il faudra, vous mesme en résoudrez.
POLIDORE
le ne veux de vos biens que ce que vous voudrez : De tous ces interests ie vous feray le maistre. Et ie suis trop content si vous le pouuez estre.
ALBERT
Hal quel homme de Dieu, quel excez de douceur!
POLIDORE
Quelle douceur, vous-mesme, après vn tel mal-heur l
ALBERT
Que puissiez vous auoir toutes choses prospères.
POLIDORE
Le bon Dieu vous fnaintienne.
ALBERT
Embrassons nous en frères.
POLIDORE
l'y consens de grand cœur, et me réjouis fort Que tout soit terminé par vn heureux accord.
ALBERT, l'en rends grâces au Ciel.
POLIDORE
Il ne vous faut rien feindre , Vôtre ressentiment me donnoit lieu de craindre ; Et Lucile tombée en faute auec mon fils, Comme on vous voit puissant, et de biens, et d'amis...
ALBERT
Heu ? que parlez vous là de faute , et de Lucile ?
POLIDORE
Soit; ne commençons point vn discours inutile : le veux bien que mon fils y trempe grandement, Mesme, si cela fait à vostre allégement, l'avoûeray qu^à luy seul en est toute la faute; Que vostre fille auoit vne vertu trop haute , Pour auoir iamais fait ce pas Contre Thonneur, Sans l'incitation dVn méchant suborneur; Que le traistre a seduît sa pudeur innocente , Et de vôtre conduite ainsi destruit l'attente ; Puis que la chose est faite, et que selon mes veux, Vn esprit de douceur nous met d'accord tous deux, Ne ramenteuons rien , et reparons l'ofiPence Par la solemnité d'vne heureuse aliance.
ALBERT
O! Dieu, quelle méprise 1 et qu'est-ce qu'il m'aprend ? le rentre icy d'vn trouble en vn autre aussi grand : Dans ces diuers transports ie ne sçay que répondre. Et, si ie dis un mot, i'ay peur de me confondre»
POLIDORE
A quoy pensez-vous là. Seigneur Albert? ,
ALBERT
A rien :
Remettons , ie vous prie, à tantost Tentretien : Vn mal subit me prend qui veut que ie vous laisse.