‹ Dépit amoureuxChapitre 19 sur 43 · ALBERT, POLIDORE · texte numérisé non relu

ALBERT, POLIDORE

POLIDORE

SEsTSB ainsi marié sans qu*on en ait sçeu rien ! Puisse cette action se terminer à bien :

le ne sçay qu'en attendre, et ie crains fort du peie Et la grande richesse, et la iuste colère.

Mais ie Tapperçoy seul.

Dieu, Polidore. vient !

POLIDORE

le tremble à l'aborder.

ALBERT

La crainte me retient.

POLIDORE

Par où luy débuter!

ALBERT

Quel sera mon langage ?

POLIDORE

Son ame est toute emué.

ALBERT

Il change de visage.

POLIDORE

le voy. Seigneur Albert, au trouble de vos yeux Que vous sçauez desia qui m'ameine en ces lieux.

ALBERT

H«las! ouy.

POLIDORE

La nouuelle a droit de vous surprendre, Et ie n'eusse pas cru ce que ie viens d'apprendre»

ALBERT

l'en doy rougir de honte et de confusion.

POLIDORE

le treuue condamnable vne telle action^ Et îe ne prêtent point excuser le coupable.

ALBERT

Dieu lait mitericorde au pécheur mi&erable.

POLIDORE

C'est ce qui doit par vous estre considéré.

ALBERT

Il faut estre Chrestien.

POLIDORE

Il est tre«*assuré.

ALBERT

Grâce, au nom de Dieu, grâce, 6 Seigneur Polidore.

POLIDORE

Eh I c'est moy qui de roua présentement Pîmplore.

ALBERT

Afin de rQ]l>t!9xûr ie.siç >ette à genoux.

POLIDORE

le dois en cet état estre plutost que vous.

ALBERT

Prenez quelque pitié de ma triste auanture.

POLIDORE

le suis le suppliant dans vne telle iniure.

Vous me fendez le cœur auec cette bonté.

POLIDORE

Vous me rendez confus de tant d'humilité.

ALBERT

Pardon , encore vn coup.

POLIDORE

Helas! pardon, vous mesme.

ALBERT, l'ay de cette action vne douleur extrême.

POLIDORE

Et moy, l'en tuis touché de mesme au dernier poînct.

ALBERT, rose vous conuîer qu'elle n'éclate point.

POLIDORE

Helas, Seigneur Albert, ie ne veux autre chose.

ALBERT

Contenions mon honneur.

ipOLlDORE.

Hé ! ouy, ie m'y dispose.

ALBERT

Quant au bien qu'il faudra, vous mesme en résoudrez.

POLIDORE

le ne veux de vos biens que ce que vous voudrez : De tous ces interests ie vous feray le maistre. Et ie suis trop content si vous le pouuez estre.

ALBERT

Hal quel homme de Dieu, quel excez de douceur!

POLIDORE

Quelle douceur, vous-mesme, après vn tel mal-heur l

ALBERT

Que puissiez vous auoir toutes choses prospères.

POLIDORE

Le bon Dieu vous fnaintienne.

ALBERT

Embrassons nous en frères.

POLIDORE

l'y consens de grand cœur, et me réjouis fort Que tout soit terminé par vn heureux accord.

ALBERT, l'en rends grâces au Ciel.

POLIDORE

Il ne vous faut rien feindre , Vôtre ressentiment me donnoit lieu de craindre ; Et Lucile tombée en faute auec mon fils, Comme on vous voit puissant, et de biens, et d'amis...

ALBERT

Heu ? que parlez vous là de faute , et de Lucile ?

POLIDORE

Soit; ne commençons point vn discours inutile : le veux bien que mon fils y trempe grandement, Mesme, si cela fait à vostre allégement, l'avoûeray qu^à luy seul en est toute la faute; Que vostre fille auoit vne vertu trop haute , Pour auoir iamais fait ce pas Contre Thonneur, Sans l'incitation dVn méchant suborneur; Que le traistre a seduît sa pudeur innocente , Et de vôtre conduite ainsi destruit l'attente ; Puis que la chose est faite, et que selon mes veux, Vn esprit de douceur nous met d'accord tous deux, Ne ramenteuons rien , et reparons l'ofiPence Par la solemnité d'vne heureuse aliance.

ALBERT

O! Dieu, quelle méprise 1 et qu'est-ce qu'il m'aprend ? le rentre icy d'vn trouble en vn autre aussi grand : Dans ces diuers transports ie ne sçay que répondre. Et, si ie dis un mot, i'ay peur de me confondre»

POLIDORE

A quoy pensez-vous là. Seigneur Albert? ,

ALBERT

A rien :

Remettons , ie vous prie, à tantost Tentretien : Vn mal subit me prend qui veut que ie vous laisse.

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