‹ Dépit amoureuxChapitre 6 sur 43 · MARINETTE, ERASTE, GROS-RENÉ · texte numérisé non relu

MARINETTE, ERASTE, GROS-RENÉ

GROS-RENÉ

QT, Marinette.

MARINETTE

Ho, ho^ Que fais-tu là?

GROS-RENÉ

Ma foy, Demande , nous étions tout à Theure sur toy.

MARINETTE

Vous estes aussi là ! Monsieur, depuis vne heure Vous m'auez fait troter comme vn Basque, ie meure.

ERASTE

Comment ?

MARÏNETTE.

Pour vous chercher i'ay fait dix mille pas, Et vous promets, ma foy....

ERASTE

Quoy?

MARÏNETTE.

Que vous n'estes pas Au Temple, au cours, chez vous, ny dans la grande place.

Il falloit en iurer.

ERASTE

Aprend-moy donc de grâce Qui te fait me chercher ?

MARINETTE

Quelqu'vn , en vérité , Qui pour vous n'a pas trop mauuaise volonté.

Ma maistresse, en vn mot.

ERASTE

Ha ! chère Marin ette , Ton discours de son cœur est-il bien l'interprète? Ne me déguise point vn mistere fatal,

AMOVREVX. i5

le ne t*en voudray pas pour cela plus de mal : Au nom des Dieux, dy-moy si ta belle maistresse N'abuse point mes vœux d'vne fausse tendresse.

MARINETTE

Hé, hé, d'où TOUS vient donc ce plaisant mouuement ? Elle ne fait pas voir assez son sentiment ?

Quel garant est-ce encore que vôtre amour demande? Que luy faut-il?

GROS-RENÉ

A moins que Valere se pende , Bagatelle ; son cœur ne s*asseurera point.

MARINETTE

Comment?

Il est ialoux iusques en vn tel point.

MARINETTE

De Valere? Ha! vrayment la pensée est bien belle! Elle peut seulement naistre en vôtre cervelle ! le vous croyois du sens , et iusqu'à ce moment Pavois de vôtre esprit quelque bon sentiment , Mais, à ce que ie voy, ie m'estois fort trompée. Ta teste de ce mal est-elle aussi frapée ?

GROS-RENÉ

Moi jaloux? Dieu m'en garde , et d'estre assez badin

i6 DEPIT

Pour m'aller emmaigrir auec vn tel chagrin; Outre que de toiï cœur ta foy me cautionne , L'opinion que i'ay de moy-roesme est trop bonne Pour croire auprès de moy que quelqu 'autre te plut. Où diantre pourrois-tu trouuer qui me valust?

MARINETTE

En effet, tu dis bien, voila comme il faut estre, lamais de ces soupçons qu'vn ialoux fait paroistre ; Tout le fruit qu'on en cueille est de se mettre mal , Et d'auancer par là les desseins d'vn riual : Au mérite souuent de qui l'éclat vous blesse, Vos chagrins font ouurir les yeux d'vne maistresse ; Et l'en sçay tel qui doit son destin le plus doux Aux soins trop inquiets de son riual ialoux.

Enfin, quoy qu'il en soit , témoigner de l'ombrage C'est iouôr en amour vn mauvais personnage , Et se rendre après tout misérable à crédit :

Cela, Seigneur Eraste, en passant vous soit dit.

ERASTE

Hé bien, n'en parlons plus. Que venois-tu m'aprendre?

MARINETTE

Vous mériteriez bien que Ton vous fit attendre : Qu'afin de vous punir ie vous tinsse caché.

Le grand secret pourquoy ie vous ay tant cherché. Tenez, voyez ce mot, et sortez hors de doute. Lisez-le donc tout haut; personne icy n'écoute.

ERASTE lit.

Vous m'auez dit que vdtre amour Estoit capable de tout faire,

Il se couronnera luy-mesme dans ce iour, SMl peut auoir l'aueu d*vn père.

Faites parler les droits qu'on a dessus mon cœur ; le vous en donne la licence :

Et, si c'est en vôtre faueur, le vous répons de mon obéissance.

Ha ! quel bon-heur ! d, toy, qui me Tas apporté le te dois regarder comme vne Deité.

GROS-RENÉ

le vous le disoîs bien contre vôtre croyance , le ne me trompe guère aux choses que ie pense.

ERASTE lit.

Faites parler les droits qu*on a dessus mon coeur ; le vous en donne la licence :

Et, si c'est en vôtre faueur, le vous répons de mon obéissance.

MARINETTE

Si ie luy raportois vos foiblesses d'esprit , Elle desauoûeroit bien-tost vn tel écrit.

Ha, cache luy, de grâce, vne peur passagère Où mon ame a creu voir quelque peu de lumière; Ou, si tu la luy dîs, adjouste que ma mort Est preste d'expier l'erreur de ce transport; Que ie vais à ses pieds, si i'ay pu luy déplaire, Sacrifier ma vie à sa iuste colère.

i8 DEPIT

MARINETTE

Ne parlons point de mort, ce n'en est pas le temps.

ERASTE

Au reste , ie te dois beaucoup , et ie pretens Reconnoistre dans peu de la bonne manière Les soins dVne si noble et si belle courriere.

MARINETTE

A propos; sçaues vous où ie vous ay cherché Tantost encore ?

ERASTE

Hé bien ?

MARINETTE

Tout proche du marché , Où vous sçauez.

ERASTE

Où donc?

MARINETTE

Là, dans cette boutique Où dés le mois passé vostre cœur magnifique Me promit , de sa grâce , vne bague.

ERASTE

Ha, i'entends*

GROS-RENÉ

La Matoise I

ERASTE

Il est vray, i'ay tardé trop long*temps A m'acquiter vers toy dVne telle promesse :

Mais....

MARINETTE

Ce que i'en ay dit, n'est pas que ie vous presse.

GROS-RENÉ

Ho 1 que non !

ERASTE

Celle-cy peut-e^tre aura dequoy Te plaire. Accepte-la pour celle que ie doy.

MARINETTE

Monsieur, vous vous moquez, i'aurois honte à la prendre.

GROS-RENÉ

Pauure honteuse, pren, sans dauantage attendre. Refuser ce qu'on donne , est bon à faire aux fouz.

MARINETTE

Ce sera pour garder quelque chose de vous.

Quand puîs-je rendre grâce à cet ange adorable?

MARINETTE

Trauaiilez à vous rendre vn père fauorable.

ERASTE

Mais, s'il me rebutoit, dois-ie...

MARINETTE

A lors comme à lors.

Pour vous on employra toutes sortes d'efforts , DVne façon ou d'autre il faut qu'elle soit vostre ; Faites vôtre pouuoir, et nous ferons le nôtre.

ERASTE

Adieu , nous en sçaurons le succès dans ce iour.

MARINETTE

Et nous, que dirons-nous aussi de nôtre amour? Tu ne m'en parles point.

GROS-RENÉ

Vn hymen qu'on souliaite Entre gens comme nous est chose bien tost fiaite. le te veux. Me veux-tu de mesme?

MARINETTE

Auec plaisir.

GROS-RENÉ

Touche; il suffit.

MARINETTE

Adieu, Gros-René mon désir.

Adieu, mon Astre.

MARINETTE

Adieu , beau tison de ma flame*

GROS-RENÉ

Adieu, chère comète, arc-en-Ciel de mon ame.

Le bon Dieu soit loué , nos affaires vont bien ; Albert n'est pas vn homme à vous refuser rien.

ERASTE

Valere vient à nous.

GROS-RENÉ

le plains le pauure hère , Sçachant ce qui se passe.

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