‹ Dépit amoureuxChapitre 8 sur 43 · MASCARILLE, ERASTE · texte numérisé non relu

MASCARILLE, ERASTE

GROS-RENÉ

MASCARILLE

NON,ie [ne] trouue point d'estat plus mal-heureuz. Que d'auoir vn patron ieune et fort amoureux.

GROS-RENÉ

Bon iour.

MASCARILLE

Bon iour.

GROS-RENÉ

Où tend Mascarille à cette heure l Que fait-il? reuient-il? va-t-il? ou s'il demeure?

MASCARILLE

Non, ie ne reuiens pas ; car ie n'ay pas esté : le ne vais pas aussi ; car ie suis ar resté :

Et ne demeure point ; car, tout de ce pas mesme, le pretens m'en aller.

ÉRASTE

La rigueur est extrême :

Doucement, Mascarille.

MASCARILLE

Ha! monsieur, Seruiteur.

ERASTE

Vous nous fuyez bien viste ? hé quoy ! vous &y-je peur?

MASCARILLE

le ne croy pas cela de vôtre courtoisie.

ERASTE

Touche : nous n'auons plus suiet de ialousie; Nous deuenons amis, et mes feux que i'éteins Laissent la place libre à vos heureux desseins.

MASCARILLE

Pleust à Dieu !

ERASTE

Gros-René sçait qu'ailleurs ie me iette.

GROS-RENÉ

Sans doute : et ie te cède aussi la Marinette.

MÂSCARILLE.

Passons sur ce poinct là ; nôtre riualité N^est pas pour en venir à grande extrémité :

Mais est-ce vn coup bien seur que vôtre Seigneurie Soit des-énamourée, ou si c'est raillerie ?

ERASTE

Pay sçeu qu'en ses amours ton maistre estoit trop bien ; Et ie serois vn fou de prétendre plus rien Aux estroites faueurs qu'il a de cette belle.

MASCARILLE

Certes, vous me plaisez auec cette nouuelle; Outre qu'en nos proiets ie vous craignois vn peu, Vous tirez sagement vôtre épingle du ieu.

Ouy, vous auez bien fait de quitter vne place, Où l'on vous caressoit pour la seule grimace; Et mille fois, sçachant tout ce qui se passoit, l'ay plaint le faux espoir dont on vous repaissoit. On offense vn braue homme alors que l'on l'abuse. Mais, d*où, diantre, après tout, auez-vous sçeu la ruse ? Car cet engagement mutuel de leur foy N'eut, pour témoins, la nuit, que deux autres et moy; Et l'on croit iusqu'icy la chaîne fort secrette Qui rend de nos amans la fiame satisfaite.

3o DEPIT

ERASTE

Hél que dlft-tu?

MASCARILLE

le dis que ie suis interdit :

Et ne sçay pas, Monsieur, qui peut vous auoîr dit, Que, sous ce faux semblant qui trompe tout le monde, En vous trompant aussi, leur ardeur sans seconde D'vn secret mariage a serré le lien.

ERASTE

Vous en auez menty.

Monsieur, ie le veux bien.

ERASTE

Vous estes vn coquin.

MASCARILLE

D^acord.

ERASTE

Et cette audace Meriteroit cent coups de baston sur la place.

AMOVREVX. 3i

MASCARILLE

Vous auez tout pouuoir.

ERASTE

Ha! Gros René.

GROS-RENÉ

Monsieur*.

ERASTE

le démens vn discours dont ie n*ay que trop peur. Tu penses fuyr? à Mascarille.

MASCARILLE

Ncnny.

ERASTE

Quoy ! Lucile est la femme...

MASCARILLE

Non, Monsieur, ie raillois.

ERAST^.

Ha ! vous raillez! înfamé.

MASCARILLE

Non, ie ne raiilois point.

ERASTE

Il est donc vray ?

MASCARILLE

Non pa&; le oe dis pas cela.

ERASTE

Que dis-tu donc ?

MASCARILLE

Helas 1 le ne dy rien, de peur de mal parler.

ERASTE

Asseure, Ou si c'est chose vraye, ou si c'est imposture.

MASCARILLE

C'est ce qu'il vous plaira : ie ne suis pas icy Pour vous rien contester.

ERASTE

Veux-tu dire? voîcy, Sans marchander, de quoy te délier la langue.

MASCARILLE

Elle ira faire encor quelque sotte harangue.

Hé, de grâce, plûtost, si vous le trouuez bon, Donnez-moy vistement quelques coups de baston , Et me ladssez tirer mes chausses sans murmure.

ERASTE

Tu mourras, ou ie veux que la vérité pure S'exprime par ta bouche.

MASCARILLE

Helas ! ie la diray :

Mais, peut-estre, Monsieur, que ie vous fiascheray.

ERASTE

Parle : mais prend bien garde à ce que tu vas faire ; A ma iuste fureur rien ne te peut soustraire. Si tu mens d'vn seul mot en ce que tu diras.

MASCARILLE

Vy consens, rompez moy les ïambes et les bras ; Faites moy pis encor, tuez moy si i'impose En tout ce que i'ay dit icy la moindre chose.

ERASTE, Ce mariage est vmyi

Ma langue, en cet endroit, A hit vn pas de clerc dont elle s'aperçoit :

Mais, enfin, cette a£Paire est comme vous ladites; Et c'est après cinq iours de nocturnes visites,. Tandis que vous sentiez à mieux couurir leur iev^ Que depuis auanthier ils sont ioints de ce nœu ; Et Lucile depuis fait encor moins paroistre La violente amouf qu'elle porte à mon maistre^ Et veut absolument que tout ce qu'il verra, Et qu'en vôtre faueur son cœur témoignera, Il l'impute à l'effet d'vne haute prudence, Qui veut de leurs secrets oster la connoissance. Si, malgré mes sermens, vous doutez de ma foy, Gros-René peut venir vne nuit auec moy ; Et ie luy feray voir estant en sentinelle Q}ie nous auons dans l'ombre vn lil»'e accez chez. elle.

ERASTE

Oste toy de mes yeux, maraut.

MASCARILLE

Et de grand cœur; C'est ce que ie demande.

ERASTE

Hé bien !

GROS-RENÉ

Hé bien ! Monsieur :

Nous en tenons tous deux, si Pautre est véritable.

Las 1 il ne Test que trop, le bourreau détestable. le Yoy trop d'aparence à tout ce qu'il a dit : Et ce qu'a fait Valere, en voyant cet écrit, Marque bien leur concert, et que c'est vne baye Qui sert sans doute aux feux dont Pingrate le paye.

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