‹ Dermatose Gravidique AutotoxiqueChapitre 35 sur 40 · LIBRE · texte numérisé non relu

LIBRE

Elle a été réglée à quinze ans et demi et depuis régulièrement pendant trois ou quatre jours.

La malade dit avoir toujours eu des maux d’estomac se traduisant souvent par un manque d'appétit et des digestions longues et douloureuses.

Mme J. S...est venu accoucher une première fois à la clinique le re* décembre 1904 d’un enfant du sexe masculin né à terme et encore vivant, -

L'examen de ses urines n’avait pas révélé d'albumine. Pendant le cours de cette grossesse elle a ressenti des démangeaisons violentes vers le sixième mois, puis sont apparues plusieurs éruptions successives avec persistance du prurit, en tout sem-— blables à celles dont elle a souffert pendant sa deuxième grossesse et que nous décrirons tout à l’heure. |

L'éruption a disparu au moment de l'accouchement pour reparaitre abondante cing ou huit Jours après et durer encore quinze Jours. La malade était partie de la clinique en bonne santé dix jours après son accouchement et n'avait pas voulu rester pour soigner celte nouvelle éruption.

Pendant le cours de cette grossesse, quand la malade vit l'éruption dont elle était couverte au sixième mois, elle alla consulter à l'hôpital Saint-Louis, se plaignant surtout de démangeaisons intolérables. On lui ordonna des bains sulfureux, elle en prit trois ou quatre. Elle raconte qu’elle n’était soulagée que pendant quelques heures après le bain, et que voyant la dermatose continuer elle n’en prit plus. Elle dit d’ailleurs que pendant sa seconde grossesse elle prenait un bain ordinaire toutes les fois que ses démangeaisons étaient trop violentes et que l’effet de celui-ci était aussi grand que celui du bain sul-

fureux.

Voici ce que Mme J, S... dit au sujet de sa maladie pendant sa seconde grossesse :

« Je n'avais plus souffert de démangeaisons depuis janvier 1905, c'est-à-dire un mois après mon premier accouchement, lorsqu'au mois de juillet suivant celles-ci recommencèrent très violentes, suivies bientôt d’une éruption. Je me crus de nouveau enceinte à ce signe et je vis plus tard que je ne m'étais pas trompée. »

La malade était en effet à cette époque au deuxième mois de sa grossesse actuelle.

La dermatose a disparu complètement pendant les sixième et septième mois pour reprendre avec plus d'intensité dans le huitième et durer jusqu'à l’accouchement, 19 février 1906. La malade n'a suivi aucun traitement et ne s'est pas reposée pendant toute cette grossesse malgré les souffrances que lui causait la dermatose. Nous la vimes le lendemain de son accouchement et voici la description de l'aspect de son tégument et des lésions cutanées qu'elle présentait à ce moment.

Nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer chez cette femme la teinte générale subictérique de la peau qui frappe au premier coup d'œil. Elle a de plus le mamelon et l’aréole des seins d'une teinte brune, noirâtre même, très prononcée ; sur la partie antéro-externe de la cuisse gauche on remarque un nævus pigmentaire, pileux, de la même teinte.

Les différentes taches brunâtres, qui forment ce que l’on appelle couramment le masque ou éphélides de la grossesse, sont très visibles encore chez elle sur le front, sur la racine du nez, sur le pourtour des yeux et des lèvres.

La ligne brune a une teinte beaucoup plus foncée qu'habi-

tuellement.

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; à 3 L'éruption est encore reconnaissable dans toutes les régions où elle a existé depuis deux mois environ car chaque vésicule a laissé une cicatrice formant une macule brune de la grandeur

d'une lentille environ. Ces taches sont isolées les unes des

autres par des intervalles où la peau est intacte. On remarque

aussi de petites croûtes brunâtres provenant de vésicules crevées depuis peu et enfin des excoriations banales produites par les ongles de la malade.

Toutes ces lésions sont disséminées surtout sur la partie postérieure des avant-bras ; il yen a quelques-unes sur les bras et sur les épaules, région deltoïdienne, sus-claviculaire, sus et sous-épineuses. |

On remarque une grande abondance des macules brunätres sur les seins à leur partie supérieure et autour du mamelon, ce qui prouve que l'éruption a été particulièrement marquée dans ces régions.

La région hypogastrique a été aussi atteinte ainsi que les cuisses sur toute leur surface, sur les régions poplitées et les jambes faces antérieures on voit de nombreuses cicatrices.

Il est frappant de constater que la face, le cou ainsi que les mains et les pieds surtout sont absolument indemnes.

C’est bien d'ailleurs dans les seules régions que nous indi-

quons que la malade dit avoir eu des démangeaisons violentes,

avoir vu se former de nombreuses petites vésicules et cela à toutes les éruptions successives dont elle a souffert pendant ses deux grossesses.

La malade est partie dix jours après son accouchement de la Cinique sans avoir souffert de la moindre démangeaison et après avoir vu les traces de ces éruptions ainsi que le masque gra-

vidique commencer à disparaître.

Son enfant qu'elle allaitait était dans un bon état de santé. Elle avait été soumise au régime lacté absolu pendant tout

son séjour à Baudelocque:

Il nous semble bon d'insister sur les antécédents dySpeptiques qu'a présentés la malade qui fait le sujet de cette observation ainsi que sur sa sensibilité excessive qui dans sa jeunesse lui faisait éprouver des émotions violentes à la suite desquelles apparaissaient des éruptions urticariennes.

Les deux atteintes de dermatose gravidique dont elle a souffert se sont produites pendant ses deux grossesses sans qu'elle puisse les attribuer à un shock moral, et elles ont été bien plus violentes chez cette femme prédisposée à l'auto-intoxication par ses antécédents dyspeptiques et nerveux, que chez la personne qui fait le sujet de notre observation I, qui elle n'avait aucune maladie d'estomac antérieure à sa grossesse.

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