LA. COMTESSE, ARMAND
LA COMTESSE, assise.
Avant de rentrer chez vous, prendrez-vous une tasse de thé ?
ARMAND, absorbé.
Non. Je vous remercie.
LA COMTESSE
Qu'avez-vous, Armand ? (il tressaille.) Il m'a semblé, au début de la soirée, que vous ne possédiez pas votre entrain habituel... Et, en ce moment, vous paraissez préoccupé.
ARMAND, s'efforçant de sourire.
Je suis un peu las... Mais je n'ai aucune préoccupation, croyez-le bien.
LA COMTESSE
Je pense que si vous aviez des ennuis, vous auriez assez de confiance en moi pour ne pas me les cacher?
ARMAND
Quels ennuis pourrais-je avoir?
LA COMTESSE
Si vous en avez, en tout cas, je pense qu'ils ne viennent pas de moi...
ARMAND, avec émotion.
Non certes I Vous êtes la meilleure et la plus charmante des femmes : et vous savez bien que
j'ai pour vous autant d'estime que de tendresse... Des ennuis, à cause de vous, grand Dieu I Tout ce que j'ai éprouvé de joie et de bonheur, m'est toujours venu de vous.
LA COMTESSE, après un temps, l'interrogeant des yeux.
Alors, votre cœur est toujours le même pour moi ?
ARMAND, inquiet.
Que signifie cette question? Seriez-vous à en douter?
LA COMTESSE
Nous avons le même âge, mon cher Armand, et plus nous avancerons dans la vie, maintenant, plus auprès de moi vous paraîtrez jeune. Je n'y puis songer sans une cruelle angoisse. Hélas! le visage change, mais les sentiments restent immuables. Et ma tendresse pour vous est la même qu'il y a dix ans. Ce soir, en vous voyant sur ce théâtre, j'ai frémi en me disant que vous pourriez me jouer, à moi aussi, la comédie, et que je serais d'abord ridicule et ensuite malheureuse à en mourir.
ARMAND, très troublé.
D'où vous viennent ces pensées? C'est la première fois que vous me parlez ainsi.
LA COMTESSE, lui fermant la bouche avec sa main.
Ohl ne proteste pas! Tais-toi, écoute seulement ce que j'ai à te dire. C'est l'heure pour moi de te tenir ce langage... Tu sais combien je t'aime... Je t'en^ ai donné la plus grande preuve qu'une femme puisse donner ! Je t'ai sacrifié mon orgueil, le respect de moi-même... J'ai risqué ma sécurité... celle d'un autre qui était admirable de confiance et qui a été sublime de générosité... Oh! je ne te