LES DEUX HONNEURS
Et, s'il regarde au mur de son manoir, il voit, Spectres que le vent pousse avec de sourds murmures, Tous ses aïeux pendus aux clous de leurs armures. A côté de mon nom, qu'est-ce que votre cœur?
MARGARETHA.
Vous n'avez jamais eu de femme ni de sœur !
GAVOULAGOULE
GAVOULAGOLLE.
Les êtres que j'admire avant tout dans ce monde, ■ i
Ce sont ces affreux gueux qui n'ont rien ici-bas ; 3
Des poches, point d'argent; des bottes, point de bas;
Ce sont ces chenapans, ce sont ces grands artistes
Qui sortent le matin sans un liard, pas tristes.
Et roulent tout le jour, dans Paris vaste et noûp,
Ce problème effrayant : — A sept heures, ce soir.
Entrer chez Flicoteaux conune les autres hommes,
Et jeter ce grand cri : Garçon, bifteck aux pommes!
DËRMËRE GERBE
en veuve, et, d'un front solennel, liaisons son mari colonel; crin-crin dans les Champs-Elysées; grimper un singe à vos croisées monti*e et qui reçoit un sou ; 6de avec l'air d'un vieux fou, postiche et vous prend votre bourse.
I^rabat, rien, aucune ressource!
lats au choix avec un carafon!
blanc, nohr, Tatroce et le bouffon, t, ils font tout ; ils dépensent prit; dînent; puis recommencent ,ns bruit, sans cris, sans s'étonner, creux, Sisyphes du dîner!
GATOUL/LGOULE.
iDebout, contemplant avec émotion la bouteille.)
Le pêcheur bas-breton tout mouillé par la mer Séchant ses durs habits devant un feu de landes, L académicien sous quatre houppelandes, Un écolier qui voit Goton mettre ses bas, Barabbas quand le mob délivra Barabbas, Malvina près d'Arthur assise sur la mousse, Ne sont pas pénétrés d'une chaleur plus douce, Ne sentent pas en eux plus de charmant émoi Et plus d'amour que moi, bouteille, devant toi I Bouteille! esprit du sotl babil de Thypocrite!
(11 t'assied, emplit son Terre et boit.)
Pour savohr qui d'entre eux a le plus de mérite, Supposons que les pots passent un examen.
2li!i DERNIÈRE GERBE
Le ciboire dira : Très chers frères, amen !
La jarre dit : je mets Thuile dans vos lentilles ;
La cruche dit : je mène aux fontaines les filles
Pour les faire embrasser par les garçons. — Morbleu!
Dit la marmite, moi, je mets le pot-au-feu,
Je suis utile aux vieux pour enfouir des sommes.
Toi, bouteille, tu dis : je rends heureux les hommes!
(Il reboit.)
Buvons ! buvons ! Malheur au lugubre crétin
Qui se fait sobre afin d*apprendre le latin,
La sagesse, le grec, la vie et l'orthographe.
Et qui vit tête-à-tête avec une carafe !
Bois de Teau, tu sauras ; bois du vin, tu riras.
Foin du savoir I Galté, viens, je t'ouvre les bras !
Dieu mit la Vérité laide, nue et très vieille,
Au fond d'un puits, la joie au fond d'une bouteille.
(U rereboit.)
Quelle bêtise! on dit : être heureux conune un roi! Un trône est peu de chose ; on n'a rien devant soi. Est-on bien assis là? peut-être. Mais on boude; Pas le moindre buffet pour y poser son coude. Pour moi, je le déclare ici publiquement.
Parmi tous les mortels nés sous le fumament.
Je tiens pour le plus grand et le plus respectable. Non l'homme qui s'assied, mais l'homme qui s'attable.
(SaUiisant et contemplant ta bouteille.)
Je te bénis, ô toi par qui l'on bat les murs ! Mamelle où nuit et jour pendent les hommes mûrs
GAVOLLAGOLLE 2Z|5
Comme les blonds enfants pendent au sein des mères ! Ventre mystérieux d'où sortent les chimères, Les rêves, les projets, les quarts d'heure dorés ! Vase admis par Noé dans les vases sacrés I Miroir où nous voyons, dans la suave orgie, Rire en face de nous notre bouche élargie !
GAVOLLAGOULE.
(Un jour où il a le sac.)
A table 1 officions! Alléluia pantoufle I
Ilosanna mistanflûte ! et saute le bouchon !
A table! Aux clous chapeaux et paletots! Louchon,
Accroche ton crispin près de ma laticlave.
En séance. Frappez le vin, et non l'esclave.
Paix au monde! Je bois. Je ne suis pas cruel.
Hurrah! Monsieur Véry, je suis Pantagruel!
Buvons avec grandeur et sans impatience.
Au jour du jugement, sur votre conscience
Ayez plus de perdreaux, mortels, que de pigeons.
Je mange, vous mangez, ils mangent, nous mangeons !
Que TAlhambra paraisse, et le Généralife !
Si Bouillon est un duc, homard est un calife.
us DERNIÈRE GERBE
Emplissez nos cerveaux de palais et d'azur, Vins! Montrez-nous Goton planant dans Téther pur! Peuple! j'emplis ma panse et je deviens énorme; Je deviens rentier, porc, honune d'état, difforme, Crétin, triple animal, et pilier de cafés; Mon âme étoufie et meurt sous les dindons truffés; La bourgeoisie en nous avec la mangeaille entre ; Je suis un être heureux, un imbécile, un ventre ! Foin du poète maigre et du prophète à jeun !
Foin des blêmes voyants qui, loin du sens commun, Des chapons, des faisans, et du punch à la glace. S'en allaient, dans le but de voir Dieu face à face Au risque de cogner quelque lion bourru, Souper d'un peu d'eau claire avec un oignon cru !