‹ Dernières chansons de Béranger de 1834 à 1851Chapitre 18 sur 94 · LV ROSE ET LE TONNERRE · texte numérisé non relu

LV ROSE ET LE TONNERRE

Air :

Chez les Grecs, conteurs de merveilles, Quel sort ne m'eût-on pas prédit !

Lauriers d'Homère, et vous, abeilles*, Qui mettiez Platon en crédit ; Lauriers, j'eus mieux que vos ombrages; Abeilles, mieux que votre miel :

Une rose et le feu du ciel De mon destin ont été les présages ; Une rose et le feu du ciel.

Dans son sein j'essayais la vie, Quand ma mère, au temps des frimas,

' Homère fut, dit-on, trouvé au bord du fleuve Mélésigène, sous un berceau de lauriers; et des abeilles, dit-on aussi, déposaient leur miel sur les lèvres du jeune Platon endormi. Je demande pardon à ces deux noms si grands de les avoir rapprochés de celui d'un chansonnier.

D'une rose eut, dit-on, l'envie.

Pour la reine on n'en trouvait pas.

Ce désir vain fut-il la cause Du signe qui m'a couronné?

Ah ! Dieu m'avait prédestiné!

Son doigt au front me peignit une rose*; Ah! Dieu m'avait prédestiné!

Oui, sur ce front brille l'image D'une rose dont les couleurs S'avivaient, lorsqu'on mon jeune âge Avril aux champs semait ses fleurs.

Une dame à robe étoffée, Daisant mon front, disait toujours :

Tu seras béni des amours.

' les mots si doux me semblaient d'une fée : Tu seras béni des amours.

' Ha mère eut en effet le désir d'une rose dans le premier mois de sa grossesse, en plein cœur d'hiver. Mes vieux parents ne manquèrent pas d'attribuer à cette envie non satisfaite une espèce de rose colorée que je portais au front, mais que l'âge fit disparaître à plus de quinze ans; la tante qui m'a élevé en retrouvait encore la trace au retour du printemps.

Des trop longs pleurs de l'élégie Je dus affranchir la beauté.

Amours, dans ma mythologie, Dieu sourit à la volupté.

Je vous prophétise une autre ère :

La femme engendrera la loi.

Qu'elle soit reine où l'homme est roi.

Qu'en^son époux Eve retrouve un frère ; Qu'elle soit reine où l'homme est roi.

Mais aux doux chants ma voix sans doute Devait mêler des sons plus fiers.

Vient un orage: enfant, j'écoute Ce char qui roule armé d'éclairs.

Sur moi du nuage qui crève Le tonnerre tombe étouffant*.

Pourquoi pleurer le pauvre enfant?

Aux longs ennuis son bon ange l'enlève. Pourquoi pleurer le pauvre enfant?

* Dans deux de mes chansons, j'ai déjà fait allusini> à cette particularité de ma jeunesse. Une bonne éducation m'eût mieux valu que ces prétendus pronostics, pour devenir un jour un homme remarquable; mais qu'on pardonne au rinieur de les avoir rappelés ici.

Hélas! le ciel me fait renaître.

Que voulait-il me présager?

Moi, né faible, j'aurai peut-être De ses rois un peuple à venger. Oui, des Français que j'encourage Les foudres sont près d'éclater.

Tremblez, Bourbons, je vais chanter:

J'ai fait, bien jeune, un pacte avec l'orage. Tremblez, Bourbons, je vais chanter.

Ah! j'ai rempli ma destinée.

Adieu l'amour qui me soutint; Dès longtemps la rose est fanée ; Le feu du ciel en moi s'éteinl.

A la nuit, qui vient froide et noire, Du foyer gagnons la chaleur.

Comme l'éclair, comme la fleur, Meurent, hélas! amour, génie et gloire; Comme l'éclair, comme la fleur.

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