‹ Dernières chansons de Béranger de 1834 à 1851Chapitre 46 sur 94 · LES VENDANGES · texte numérisé non relu

LES VENDANGES

À LAUHE

Air

Accourez, aimable Laure, Nos vendangeurs vont aux champs.

En sursaut déjà l'aurore S'éveille à leurs joyeux chants.

Tout vigneron à l'ouvrage Mène enfants, amis, voisins; Tant ses tonnes en veuvage Ont soif du jus des raisins.

Les ceps de rosée humides, Comme un cerf, dans ses douleurs,

DE BÉRÀNGER. 18*

Devant ces meutes avides Semblent répandre des pleurs.

Sous les paniers qu'on renvoie L'àne pliera jusqu'au soir.

Venez voir richesse et joie Jaillir à flots du pressoir.

Mais l'émeute est au village.

Mille oiseaux, dans ces tilleuls, Disent : « L'on met au pillage « Ce que Dieu fit pour nous seuls.

« Voyageurs privés d'étapes,

a Nous allons de mal en pis :

« Aujourd'hui l'on prend les grappes ;

«Hier c'était les épis.

« Des hommes, troupe assouvie, « Ont terres et revenus ; « Les autres glanent leur vie « Le dos courbé, les pieds nus.

« Pauvres gens, vous qu'on dédaigne, « Vite, aux armes! vengez-vous.

« Nous chanterons votre règne :

« Los raisins seront pour nous. »

Mais vient réponse à leur plainte.

Un chasseur! Oiseaux, tremblez!

( )n peut vendanger sans crainte :

.\<>s tribuns sont envolés.

Laure, on dépouille la plaine; Huit lez le doux oreiller.

Domain les pauvres à peine Trouveront à grapiller.

DE BÉRÀNGER. 183

Page 1