‹ Dernières chansons de Béranger de 1834 à 1851Chapitre 48 sur 94 · UN ANCIEN PROPHÈTE SAINT-SIMONIEN · texte numérisé non relu

UN ANCIEN PROPHÈTE SAINT-SIMONIEN

Ain:

Salul el gloire, ô mon prophète!

Ton front rayonne et devant loi

Tomba le Clirist, dont la défaite

Va nous valoir une autre loi.

Toi <|iii snis Dieu, l'homme et notre àme,

Prends ma table pourSinaï;

Parle, et ta loi, je la proclame

Au hriiil de vingt bouchons d'aï.

Chaulons un hymne à la matière, Que lu rétablis dans ses droits.

Ta loi l'institue héritière

De tous les Clll les ;'i l;i fois.

DE BÉRANGER. i S7

Le pape en déchire sa robe; Mahomet n'a plus feu ni lieu.

Vivat! nous verrons sur le globe Ton dieu régner, s'il plaît à Dieu.

Tu divinises la nature; Épicure autrefois l'osa.

Lucrèce a tenté l'aventure Dont l'honneur reste à Spinosa.

Finis la statue ébauchée; Rends-la plus belle, orne-la mieux.

C'est la matière endimanchée Qu'un panthéisme ingénieux.

Mais, vient dire un vieux moraliste, La matière a vaincu sans vous.

Heine de notre âge égoïste, Nous lui devons mœurs, lois et goûts.

Pour faire action méritoire, Mieux vaudrait, apôtres nouveaux, Enrayer son char de victoire Que d'aiguillonner ses chevaux.

Votre Dieu, disent les sceptiques,

S'il vit en nous, à l'être humain Dut montrer, dès les temps antiques, Le but, la borne cl le chemin.

En vain donc la raison s'éveille; Au progrès l'homme aspire à tort :

Il essaime, comme l'abeille; Il bâtit comme le castor.

Le poète qu'un souffle agile

Crie: Eli quoi! l'âme, à notre mort,

Sans mémoire, de gîte en gîte,

Entre au hasard, pleure et puis sort !

Prostituée et vagabonde,

Quoi! cette âme, esclave ici-bas,

N'a point de ciel où fuir un inonde

Qu'elle sent crouler sous ses pas !

Le Très-Haut, l'écrit un saint prêtre, Roi des cieux, est notre soutien.

Ce Dieu seul à toul donna l'être; Tous les germes sont dans le lien.

DE BÉRÀNGER. 189

À l'un on va par la pensée;

Vivants ou morts, l'autre est en nous.

De l'un l'âme est la fiancée;

De tous les corps l'autre est l'époux.

Prophète, ces gens déraisonnent.

Ils prédiront, dans leurs regrets, Qu'au sol où les tyrans moissonnent Ton culte fournira l'engrais.

Plus d'un républicain le pense, Aveugle qui préfère encor Au panthéisme à large panse Le mysticisme aux ailes d'or.

Ne connais-tu pas Don Quichotte?

Voilà l'esprit pur, lance au poing.

Son écuyer boit, mange et rote;

C'est la chair en grossier pourpoint.

Pour que Sancho nous morale .

Entre la broche et le cellier, Sous les dalles de notre église Enterrons le preux chevalier.

Gloire au grand Pan! qu'il soit fétiche, Loup, bœuf, ibis, singe, éléphant ; Qu'il soit cet Olympe si riche En symboles d'un monde enfant.

Qu'il soit ! Vois, ô mon maître !

Les fêtes qui vont avoir lieu.

De ton Dieu que de dieux vont naître!

Puisqu'il est (oui, tout sera Dieu.

DE DERANGER 191

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