‹ Dernières chansons de Béranger de 1834 à 1851Chapitre 61 sur 94 · LES DÉFAUTS · texte numérisé non relu

LES DÉFAUTS

Ain :

L'homme, à soixante ans, calme et grave,

Au coin de son feu devient roi .

Mais, jeune, il vaut mieux, selon moi,

Sous le plaisir vivre en esclave.

Vous qui sur nous veillez d'en haut,

Rendez-moi quelque bon défaut.

Oui, si j'ai subi l'exigence De mes défauts, tyrans nombreux, Je leur dus bien des jours heureux, Doux larcins faits à l'indigence.

Vous qui sur nous veillez d'en haut.

Rendez-moi quelque bon défaut.

Bis

Dans les jours d'aimables féeries On monte au ciel des deux eûtes. Nous poussons à boul nos gaietés, A boul nos tendres rêveries.

Vous qui sur nous veillez d'en haut, Rendez-moi quelque bon défaut.

Aujourd'hui nui santé me touche.

A table veut-on me fêter,

L'aï ne me fait plus chanter,

Et je lui fais petite bouche.

Vous qui sur nous veillez d'en haut,

Rendez-moi quelque bon défaut.

Je verrais danser vingt grisettes Sans penser à rien tout un soir; Sans même essuyer, pour mieux voir, Les vieux verres de mes lunettes.

Vous qui sur nous veillez d'en haut, Rendez-moi quelque bon défaut.

J'ai trop égayé la satire; Ce tort, je dois le réparer.

Mais sur ce monde il faut pleurer ISitôl qu'on n'ose plus en rire.

Vous qui sur nous veillez d'en haut, Rendez-moi quelque bon défaut.

Perfide erreur de ma jeunesse, Que, bras ouverts, couronne en main, La Gloire m'accoste en chemin, Je lui dirai : Passez, drôlesse!

Vous qui sur nous veillez d'en haut, Rendez-moi quelque bon défaut.

Hélas ! mes vertus me désolent ;

Mais l'âge, qui les fait fleurir,

M'ôte la force de courir

Après mes défauts qui s'envolent.

Vous qui sur nous veillez d'en haut, j

Rendez-moi quelque bon défaut. )

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