‹ Dernières chansons de Béranger de 1834 à 1851Chapitre 68 sur 94 · LE JONGLEUR · texte numérisé non relu

LE JONGLEUR

Air.

Les démons sont fous de musique.

Un obscur jongleur fut doté

Par eux, jadis, d'un luth magique

Qui rendait et joie et santé.

Grâce à de folles mélodies,

Notre homme alors vit ses refrains

Chasser ennuis et maladies,

Peines du pauvre et noirs chagrins.

Avant ce don, bien peu d'oreilles S'éprenaient à l'ouïr chanter; Mais, le luth ayant fait merveilles, Chacun chez soi veut le fêter.

— L'ami, quoique vilain de race, Viens avec nous. —Non; viens chez moi.

A. mon foyer le pauvre a place; S iens chauler un festin de roi.

Notre jongleur a l'âme bonne.

Visitant châteaux el palais, A pins d'un prince il fait l'aumône De joyeux airs, de gais couplets.

Aux gens qu'épuise le servage 11 court rendre aussi la gaieté.

La gaieté leur rend le courage Qui fait rêver de liberté.

Martyr d'une goutte obstinée, A lui qu'un prélat ait recours; Qu'une fillette abandonnée Pleure sur d'inconstants amours; Armé du luth, près d'eux il vole, Heureux de voir, en peu d'instants, Malade et vierge qu'il console Sourire au retour du printemps.

Aussi, qu'il passe, on se le montre.

Partout, vieillards, filles, garçons,

Disent : On bénit sa rencontre

Quand son lulli éclate en chansons.

Que de bonheur il en relire,

Si tant d'échos, émus cent fois,

Vont à l'oreille lui redire

Les chants que leur souffle sa voix !

Mais, sur son grabat, quels fantômes Chaque jour troublent ses esprits!

Il ressent là tous les symptômes Des maux que son luth a guéris.

Ennuis, chagrins, lièvres, misère, Se vengent du roi des jongleurs.

L'amour s'y joint, amour sincère Qui ne l'a nourri que de pleurs.

Il recourt à son luth sonore.

Sous ses doigts il se brise, hélas!

Une des cordes vibre encore :

De ma mort, dit-il, c'est le glas.

Avant l'âge enfin il succombe,

De son art même fatigué:

Et l'on grave en or sur sa tombe:

Des mortels ci-gît le plus gai.

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274 CIIANSdNs

LE PACTOLK

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