‹ Dernières chansons de Béranger de 1834 à 1851Chapitre 91 sur 94 · LE CHAPELET DU BONHOMME · texte numérisé non relu

LE CHAPELET DU BONHOMME

Ain : On dit partout que je suis bête.

Sur le chapelet de tes peines, Bonhomme, point de larmes vaines.

— N'ai-je point sujet de pleurer?

Las! mon ami vient d'expirer.

— Tu vois là-bas une chaumine :

Cours vite en chasser la famine ;

Et perds en route, grain à grain, j

t • i tti*.

Le noir chapelet du chagrin. '

Bientôt après, plainte nouvelle.

Bonhomme, où ta blessure est-elle?

— Las ! il me faut encor pleurer :

Mon vieux père vient d'expirer.

— Cours ! Dans ce bois on tente un crime : Arrache aux brigands leur victime; Et perds en route, grain à grain, Le noir chapelet du chagrin.

Bientôt après, peine plus grande.

Bonhomme, les maux vont par bande.

— Las! j'ai bien sujet de pleurer :

Ma compagne vient d'expirer.

— Vois-tu le feu prendre au village !

Cours l'éteindre par ton courage;

Et perds en route, grain à grain, Le noir chapelet du chagrin.

Bientôt après, douleur extrême.

Bonhomme, on rejoint ceux qu'on aime.

— Laissez-moi, laissez-moi pleurer:

Las! ma fille vient d'expirer.

— Cours au fleuve : un enfant s'y noie. D'une mère sauve la joie;

Et perds en roule, grain à grain, Le noir chapelet du chagrin.

Plus tard enfin, douleur inerte.

Bonhomme, est-ee quelque autre perte?

— Je suis vieux et n'ai qu'à pleurer : las! je sens ma force expirer.

— Va réchauffer une mésange

Qui meurt de froid devant ta grange; El perds en roule, grain à grain, Le noir chapelet du chagrin.

Le bonhomme enfin de sourire, Et son oracle de lui dire :

Heureux qui m'a pour conducteur!

Je suis l'ange consolateur.

C'est la Charité qu'on me nomme.

Va donc prêcher ma loi, Bonhomme, Pour qu'il ne reste plus un grain | Au noir chapelet du chagrin.

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