ADIEU
Air
France, je meurs, je meurs; tout me l'annonce. Mère adorée, adieu. Que ton saint nom Soit le dernier que ma bouche prononce. Aucun Français t'aima-t-il plus? Oh! non. Je t'ai chantée avant de savoir lire; Et, quand la mort me tient sous son épieu, En te chantant mon dernier souffle expire. A tant d'amour donne une larme. Adieu !
Lorsque dix rois, dans leur triomphe impie, Poussaient leurs chars sur ton corps mutilé, De leurs bandeaux j'ai fait de la charpie Pour la blessure où mon baume a coulé.
372 CHANSONS DE BÉRÀNGER.
Le ciel rendit la ruine féconde; De te bénir les siècles auront lieu;
Car ta pensée ensemence le monde.
L'Egalité fera sa gerbe. Adieu!
Demi-couché, je me vois dans la tombe.
Ali ! viens en aide à tous ceux que j'aimais. Tu le dois, France, à la pauvre colombe Qui dans ton champ ne butina jamais.
Pour qu'à tes fils arrive ma prière, Lorsque déjà j'entends la voix de Dieu, De mon tombeau j'ai soutenu la pierre.
Mon bras se lasse; elle retombe. Adieu!