‹ Dernières chansons de P.J. Bèranger 1834 à 1851 avec des notes de Béranger sur ses anciennes chansonsChapitre 16 sur 182 · LA ROSE ET LE TONNERRE · texte numérisé non relu

LA ROSE ET LE TONNERRE

Am :

Chez les Grecs, conteurs de merveilles, Quel sort ne m’eût-on pas prédit?

Lauriers d’Ilomère, et vous, abeilles* *,

Qui mettiez Platon en crédit;

Lauriers, j’eus mieux que vos ombrages; Abeilles, mieux que votre miel ;

Une rose et le feu du ciel De mon destin ont été les présages ;

Une rose et le feu du ciel.

Dans son sein j’essayais la vie,

Quand ma mère, au temps des frimas,

* Homère fut, dit-on, trouvé au bord du fleuve Mélésigène, sous un berceau de lauriers; et des abeilles, dit-on aussi, déposaient leur miel sur les lèvres du jeune Platon endormi. Je demande pardon à ces deux noms si grands de les avoir rapprochés de celui d’un chansonnier. (Noie de Béranger.)

D’une rose eut, dit-on, l’envie.

Pour la reine on n’en trouvait pas.

Ce désir vain fut-il la cause Du signe qui m’a couronné?

Ah ! Dieu m’avait, prédestiné !

Son doigt au front me peignit une rose * ;

Ah ! Dieu m’avait prédestiné!

Oui, sur ce front brille l’image D’une rose dont les couleurs S’avivaient lorsqu’en mon jeune âge Avril aux champs semait ses fleurs.

Une dame à robe étoffée,

Baisant mon front, disait toujours :

Tu seras béni des amours.

Ces mots si doux me semblaient d’une fée :

Tu seras béni des amours !

Des trop longs pleurs de l’élégie Je dus affranchir la beauté.

Amours, dans ma mythologie,

Dieu sourit à la volupté.

Je vous prophétise une autre ère :

La femme engendrera la loi.

* Ma mère eut en effet le désir (l’une rose dans le premier mois de sa grossesse, en plein ccour d’hiver. Mes vieux parents ne manquèrent pas d’attribuer à celle envie non satisfaite une espèce de rose colorée que je portais nu front, mais que l’ûge fit disparaître à plus de quinze ans. La lante qui m’a élevé en retrouvait encore la Iraec au retour du printemps.

iN Joie de Béranger.)

DK B ER A ISO Eli.

(Ju'elle soit reine où l'homme est roi.

Qu’en son époux Ève retrouve un frère ; Qu'elle soit reine où l'homme est roi.

Mais aux doux chants nia voix sans doute Devait mêler des sons plus fiers.

Vient un orage : enfant, j’écoule Ce char qui roule armé d’éclairs.

Sur moi du nuage qui crève Le tonnerre tombe étouffant \

Pourquoi pleurer le pauvre enfant?

Aux longs ennuis son bon ange l'enlève.

Pourquoi pleurer le pauvre enfant ?

Hélas ! le ciel me fait renaître.

Que voulait-il me présager?

Moi, né faible, j’aurai peut-être De ses rois un peuple à venger.

Oui, des Français que j’encourage Les foudres sont près d'éclater.

Tremblez, Bourbons, je vais chanter;

J'ai fait, bien jeune, un pacte avec l’orage. Tremblez, Bourbons, je vais chanter.

Ah! j’ai rempli ma destinée.

Adieu l'amour qui me soutint :

4 Dans deux de mes chansons, j’ai déjà fait allusion à celle particularité de ma jeunesse. Une bonne éducation m’eût mieux valü que ces prétendus pronostics pour devenir un joür iiii homme remarquable; mais qu’on pardonne au rimeur de les avoir rappelés ici. (IVo/c de Béranger ;)

Dès longtemps la rose est fanée :

Le feu du ciel en moi s éteint.

A la nuit, qui vient froide et noire, Du foyer gagnons la chaleur.

Comme 1 éclair, comme la Heur, Meurent, hélas ! amour, génie et gloire Comme l’éclair, comme la fleur.

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