LA ROSE ET LE TONNERRE
Am :
Chez les Grecs, conteurs de merveilles, Quel sort ne m’eût-on pas prédit?
Lauriers d’Ilomère, et vous, abeilles* *,
Qui mettiez Platon en crédit;
Lauriers, j’eus mieux que vos ombrages; Abeilles, mieux que votre miel ;
Une rose et le feu du ciel De mon destin ont été les présages ;
Une rose et le feu du ciel.
Dans son sein j’essayais la vie,
Quand ma mère, au temps des frimas,
* Homère fut, dit-on, trouvé au bord du fleuve Mélésigène, sous un berceau de lauriers; et des abeilles, dit-on aussi, déposaient leur miel sur les lèvres du jeune Platon endormi. Je demande pardon à ces deux noms si grands de les avoir rapprochés de celui d’un chansonnier. (Noie de Béranger.)
D’une rose eut, dit-on, l’envie.
Pour la reine on n’en trouvait pas.
Ce désir vain fut-il la cause Du signe qui m’a couronné?
Ah ! Dieu m’avait, prédestiné !
Son doigt au front me peignit une rose * ;
Ah ! Dieu m’avait prédestiné!
Oui, sur ce front brille l’image D’une rose dont les couleurs S’avivaient lorsqu’en mon jeune âge Avril aux champs semait ses fleurs.
Une dame à robe étoffée,
Baisant mon front, disait toujours :
Tu seras béni des amours.
Ces mots si doux me semblaient d’une fée :
Tu seras béni des amours !
Des trop longs pleurs de l’élégie Je dus affranchir la beauté.
Amours, dans ma mythologie,
Dieu sourit à la volupté.
Je vous prophétise une autre ère :
La femme engendrera la loi.
* Ma mère eut en effet le désir (l’une rose dans le premier mois de sa grossesse, en plein ccour d’hiver. Mes vieux parents ne manquèrent pas d’attribuer à celle envie non satisfaite une espèce de rose colorée que je portais nu front, mais que l’ûge fit disparaître à plus de quinze ans. La lante qui m’a élevé en retrouvait encore la Iraec au retour du printemps.
iN Joie de Béranger.)
DK B ER A ISO Eli.
(Ju'elle soit reine où l'homme est roi.
Qu’en son époux Ève retrouve un frère ; Qu'elle soit reine où l'homme est roi.
Mais aux doux chants nia voix sans doute Devait mêler des sons plus fiers.
Vient un orage : enfant, j’écoule Ce char qui roule armé d’éclairs.
Sur moi du nuage qui crève Le tonnerre tombe étouffant \
Pourquoi pleurer le pauvre enfant?
Aux longs ennuis son bon ange l'enlève.
Pourquoi pleurer le pauvre enfant ?
Hélas ! le ciel me fait renaître.
Que voulait-il me présager?
Moi, né faible, j’aurai peut-être De ses rois un peuple à venger.
Oui, des Français que j’encourage Les foudres sont près d'éclater.
Tremblez, Bourbons, je vais chanter;
J'ai fait, bien jeune, un pacte avec l’orage. Tremblez, Bourbons, je vais chanter.
Ah! j’ai rempli ma destinée.
Adieu l'amour qui me soutint :
4 Dans deux de mes chansons, j’ai déjà fait allusion à celle particularité de ma jeunesse. Une bonne éducation m’eût mieux valü que ces prétendus pronostics pour devenir un joür iiii homme remarquable; mais qu’on pardonne au rimeur de les avoir rappelés ici. (IVo/c de Béranger ;)
Dès longtemps la rose est fanée :
Le feu du ciel en moi s éteint.
A la nuit, qui vient froide et noire, Du foyer gagnons la chaleur.
Comme 1 éclair, comme la Heur, Meurent, hélas ! amour, génie et gloire Comme l’éclair, comme la fleur.