I) EH MÈRE S CHANSONS
Iles bois m'offrent un dernier gîte.
Au vieillard, las de son fardeau, Sous ce tremble qu'un souffle agite, Bonne fée, élève un tombeau.
LE MERLE
Am •
Au printemps, sous un vaste ombrage Où murmuraient de frais ruisseaux,
Je pris ma flûte de roseaux,
Présent magique d'un vieux sage.
A sa voix, un peuple d'oiseaux Vint m'entourer de son ramage.
Ils sautaient,
S'ébattaient ,
Coquelaient Et chantaient,
Chantaient,
Chantaient.
Rossignols, loriots, fauvettes,
Merles, bouvreuils, linots, pinsons,
Cédant au pouvoir de mes sons,
Tous, jusqu'aux folles alouettes,
, Venaient, pour prix de leurs chansons, De mon pain becqueter les miettes.
~*V -JEUM un
DK BÉRANGER.
Ils sautaient, S’ébattaient , hoquetaient Et chantaient.
Chantaient, Chantaient .
J’avise un merle qui habille :
« Merle, pourquoi fuyez-vous tous,
Quand moi, bonhomme, auprès de vous Je me glissais dans la charmille;
Moi, qui trouve vos chants si doux’,
Qui suis presque de la famille? »
Ils sautaient,
S’ébattaient,
Coquet aient Et chantaient,
Chantaient,
Chantaient.
« — Dieu donna l’air, la terre et Tonde,
Dit le merle, aux seuls animaux.
Nous y vivions exempts de maux;
Mais chaque race trop féconde «
Poussa tant et tant de rameaux,
Qu’on étouffa dans ce bas monde. »
Us sautaient,
S’ébattaient,
hoquetaient
1UG DERNIÈRES CHANSONS
El chantaient.
Chantaient,
Chantaient,
« Dieu s'y prit, en père économe :
C’est trop de bétes à la fois.
A quelqu’un transmettons nies droits; Que, sanguinaire et gastronome.
Il en tue au moins deux sur trois.
Parlant ainsi, Dieu créa l'homme. »
Ils sautaient,
S’ébattaient,
(hoquetaient Et. chantaient.
Chantaient,
Chantaient.
« Depuis lors, rois de la nature, Nous vous fuyons épouvantés Pour nos jours et nos liberté-.
De tout grain vous faites mouture; Souvent même à vos majestés Le rossignol sert de pâture. »
Ils sautaient,
S’ébattaient,
Hoquetaient Et chantaient,
Chantaient,
Chantaient.
UE HE K A: SG Eli.
« — Merle, oublions nos droits contraires, Dis-je, el, grâce à mon talisman, Aimez-moi, je suis bon tyran,
Sans souci de vos lois agraires.
Ne me fuyez plus; croyez-m’en :
Oiseaux et poètes sont frères. »
Ils sautaient,
S’ébattaient, hoquetaient Et chantaient,
Chantaient,
Chantaient.
A ces mots, mâles et femelles Me viennent baiser à qui mieux ;
Le merle criant : t< Ce bon vieux Nous fera des chansons nouvelles.
Pour qu’il s’élevât jusqu’aux cieux,
Dieu lui devrait donner des ailes. »
Ils sautaient,
S’ébattaient, hoquetaient Et chantaient,
Chantaient,
Chantaient.