‹ Dernières chansons de P.J. Bèranger 1834 à 1851 avec des notes de Béranger sur ses anciennes chansonsChapitre 84 sur 182 · MA CANNE · texte numérisé non relu

MA CANNE

Air

Le soleil aux champs d’aller nous fait signe; Chaque jour s’enfuit de fleurs couronné. Viens, mon compagnon, humble cep de vigne,

Ami qu’en riant le sort m'a donné.

De quel cru fameux versas-tu l’ivresse?

L’ai-je célébré dans un gai repas?

Si jadis la sève égara mes pas,

Toi seul aujourd'hui soutiens ma vieillesse.

A travers bois, prés et moissons,

Allons glaner Heurs et chansons.

Viens, loin des fâcheux, méditer ensemble;

Je me lie à loi de tous mes secrets.

Tu m’entends chanter d’une voix qui tremble De grands souvenirs, de tendres regrets.

Au froid, à la neige, au Ilot des ondées.

Au bruit du tonnerre, au fracas du vent, Combien, triste ou gai, quand je vais rêvant, Sous mon vieux chapeau bourdonnent d’idées!

A travers bois, prés et moissons,

Allons glaner Heurs et chansons

Souvent, tu le sais, j’ai refait le inonde,

De trésors rêvés comblé mes amis.

En projets heureux mon esprit abonde ;

Que d’excellents vers je me suis promis !

Enfant de Paris perdu dans ses fanges,

Je devais, sans nom, battre les pavés ;

Mais, pour me reprendre aux enfants trouvés, La muse avait mis sa marque â mes langes.

A travers bois, prés et moissons,

Allons glaner Heurs et chansons.

Ce fut ma nourrice : « Enfant, disait-elle, Vois, écoute, lis. » Ou, prenant ma main :

DEKMKRBS CHANSONS

« Suis-moi hors des murs; la campagne est belle, Viens cueillir, pauvret, les Heurs du chemin. » Depuis, loin des biens dont la soif dévore,

La muse à mon feu prit goût à s'asseoir, *

Et, quoique affaiblie, a des chants du soir Pour le vieil enfant qu’elle berce encore.

A travers bois, prés et moissons,

Allons glaner fleurs et chansons.

« Dirige le char de la République, »

M'ont crié des fous, sages d’à présent.

Qui, moi, m’atteler au joug politique,

Lorsqu’il faut un aide à mon pas pesant !

Ai-je 5 tel labeur force qui réponde?

Qu’en dis-tu, béton, las de me porter?

Tu gémirais trop de voir ajouter Au poids de mon corps tout le poids d’un monde. A travers bois, prés et moissons,

Allons glaner fleurs et chansons.

A mes premiers temps j’ai vieilli fidèle.

Tout un passé meurt, mourons avec lui.

Mon cep, je te lègue à l’ère nouvelle ;

Sois pour des vaincus un dernier appui.

Oui, sachant, ami, dès que le jour tombe, Combien de faux pas je ferais sans toi,

Pour quelque proscrit, tribun, pape ou roi,

Je veux te laisser au bord de ma tombe.

A travers bois, prés et moissons, )

Allons glaner fleurs et chansons. )

DK UË RANG EK.

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LGS TAMBOURS

Am : Faut d’ la vertu, etc,

Tambours, cessez votre musique; ,

Rendez la paix à mon réduit.

J’aime peu votre politique, fêt moins encor j’aime le bruit.

Terreur des nuits, trouble des jours, Tambours, tambours, tambours, tambours, M’étourdirez-vous donc toujours,

Tambours, tambours, maudits tambours!

Grâce à vos roulements stupides,

Ma vieille muse en désarroi

Retrouve des ailes rapides, y M ais c’est pour s’enfuir loin de moi.

Terreur des nuits, trouble des jours, Tambours, tambours, tambours, tambours,

M’étourdirez-vous donc toujours, Tambours, tambours, maudits tambours!

Quand la nappe ici se déploie,

Qu’on y fait trêve aux noirs frissons, Gronde un rappel ; adieu la joie !

11 redouble ; adieu les chansons !

Terreur des nuits, trouble des jours, Tambours, tambours, tambours, tambours,

M’étourdirez-vous donc toujours, Tambours, tambours, maudits tambours!

Je chantais un peuple de frères;

Le tambour bal : j’avais rêvé.

Le sang de maints partis contraires Fraternise sur le pavé.

Terreur des nuits, trouble des jours, Tambours, tambours, tambours, tambours, M’étourdirez-vous donc toujours, Tambours, tambours, maudits tambours !

Sous l’Empire ils ont fait merveille :

.Fai vu ces racoleurs puissants Du génie assourdir l'oreille,

Étouffer la voix du bon sens.

Terreur des nuits, trouble des jours, Tambours, tambours, tambours, tambours, M’étourdirez-vous donc toujours, Tambours, tambours, maudits tambours!

Celui qu’à régner Dieu condamne.

S'il veut faire en grand son métier,

Sait combien il faut de peaux d’âne Pour abrutir le monde entier.

Terreur des nuits, trouble des jours, Tambours, tambours, tambours, tambours, M’étourdirez-vous donc toujours, Tambours, tambours, maudits tambours!

En France, où leur esprit domine,

A l’église ils vont bourdonner.

DK UK RANGE».

Tout charlatan se tambourine:

Tout marmot veut tambouriner.

Terreur des nuits, trouble des jours, Tambours, tambours, tambours, tambours.

M’étourdirez-vous donc toujours.

Tambours, tambours, maudits tambours!

Ils flattent jusque dans sa bière Le sot (fui meurt chargé de croix ;

Et font vœu, chez la cantinière.

De battre aux champs pour tous les rois.

Terreur des nuits, trouble des jours, Tambours, tambours, tambours, tambours, M'étourdirez-vous donc toujours, Tambours, tambours, maudits tambours!

Nous, peuple épris en politique Du tapage et des galons d’or.

Pour présider la République Faisons choix d’un tambour-major.

Terreur des nuits, trouble des jours.

Tambours, tambours, tambours, tambours, M’étourdirez-vous donc toujours.

Tambours, tambours, maudits tambours! J

PERN1KRKS CHANSONS

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