MON ANNIVERSAIRE A FONTAINEBLEAU
« Quitter Paris, quitter le monde, C'est mourir, » m'a-t-on «lit cenl luis. Or, dans ma retraite profonde, Je sois mort, du moins je le crois. (Bis.) D'un trépassé prenant le caractère, Je liens mon gîte aux indiscrets nuire. Me voilà donc comme à cenl pieds sous terre. | Deprofundis! car je suis enterré. )
Je vis en morl tranquille et sage
Dnns ce coin qui me va si bien;
Espérant, moi qui sais l'usage,
Que l'oubli sera mon gardien.
Mais que de moi l'amitié se souvienne Four chaque nœud qu'avec vous j'ai serré. A mon tonibeau que souvent elle vienne. De profundis! car je suis enterré.
DE 151.IIA.NGEI!.
Je conçois qu'on s'immortalise;
Pourtant cela devient banal ;
Et lettre d'ami, quoi qu'on dise,
Vaut mieux qu'article de journal.
Laissons la gloire apposer son parafe Sur maint brevet par des sols délivré ; Mes vieux amis, (ailes mon épitaphe.
De profundis! car je suis enterré
Les morts ne se dérangent guères ;
Venez donc sans deuil ni souci,
Narguant les larmoyeurs vulgaires,
Boire au défunt qui gît ici.
Plus ne m'arrive un soupir de colombe ; Plus un seul vers par Lisette inspiré.
L'amitié seule a des fleurs pour ma tombe. De profundis! car je suis enterré.
Pourtant, lorsqu'ici je m'enterre,
Ne me croyez pas devenu
Fou misanthrope ou sage austère,
Contre son siècle prévenu.
Avec le temps si mon esprit plus sombre Voyait en noir, sous un ciel azuré, Soyez, amis, indulgents pour mon ombre.
De profundis! car je suis enterré.
De profundis! criait Lazare, Rêveur dans la tombe endormi, Lorsque armé d'un pouvoir trop rare, Jésus réveilla smi ami. (Bis.)
An bout île l'an OÙ Ions je vous convie Pour un service à bas bruil célébré, Comme à Lazare, ;ili '. rendez-moi la vie. i De profundis! car je suis enterré. )
LA PltlSONNlEllE
\ir : Ce Magistral irréprochable.
Platon l";i ilil : l'àme esl captive Dans ce corps brut, obscur séjour, Prison véritable où n'arrive Que lentement l'éclat du jour.
Cette âme en qui tout esl mystère, Souffrant du froid, souffrant du chaud Quand l'édifice soit de terre, Sommeille au fond d'un noir cachot.
Tandis qu'elle languit dans l'ombre, Nature tente un sourd travail, Kl fail poindre dans ce lieu sombre Le jour douteux d'un soupirail.
A la lueur qui vienl d'éclore, Se créant un vaste horizon, La pauvre âme longtemps encore Se heurte aux murs de sa prison :
Mais enfin s'ouvre une fenêtre; bille s'y 'Tamponne en riant.
Salut, printemps qui viens de naitre!
Toul brille aux feux de l'Orient.
Ces bois si verts, ces eaux si belles, Ces monts géants, l'homme en est roi.
Toutes ces fleurs, pour moi sont-elles ? Tous ces fruits, seront-ils pour moi?
De la prison d'abord si noire Le faite devient radieux.
L'âme en fait un observatoire Et de là plonge dans les deux.
Tant d'astres soulèvent les voiles Du Dieu qui leur trace un chemin.
Je me noie en ces flots d'étoiles :
Dieu puissant, tendez-moi la main.
Mais l'automne louche à son terme; Déjà le ciel s'est obscurci.
L'observatoire alors se ferme, Hélas ! et sa fenêtre aussi.
Quelque rayon, qui meurt bien vite, Frappe encor des murs délabrés, Puis du cachot, son premier gîte, L'âme redescend les degrés.
Il en est ainsi pour la foule
A l'âge de caducité.
Mais enfin la prison s'écroule ;
Lame s'envole en liberté.
De nouveaux fers Dieu la préserve !
Et j'ajoute à mon oraison :
-■,% DERNIÈRES CB INSONS
Faites, mon Dieu, qu'elle conserve Le souvenir de sa prison.