‹ Dernieres chansons de P.J. de Béranger, 1834 a 1851, avec des notes de Béranger sur ses anciennes chansonsChapitre 13 sur 149 · LE CHEVAL ARABE · texte numérisé non relu

LE CHEVAL ARABE

Air d'Agéline; ou : Air nouveau de M. L. Adapte.

Mon beau cheval, oui, je viens de te vendre,

Moi, pauvre et jeune, officier sans crédit, A ce vieux juif qui va venir te prendre! Oh! du destin c'est moi qui suis maudit ! Contre un peu d'or, hélas! c'est pour ma mèr< C'esl pour mes sœurs que je vais l'échanger, De mon chagrin si tu pouvais juger, Tu pleurerais comme un coursier d'Homère. Mon bel arabe, adieu! Sans toi, demain, Ma noble mère irait tendre la main.

Mère adorée! ah! relisons sa lettre :

« Napoléon, nous qui faisions le bien,

« De notre loil le ciel vient de permettre

« Qu'on nous proscrive, ei nous n'avons plus rien.

DE BERANGER. iT,

« Songe aux tourments qu'en secret je dévore ; « Pense à tes sœurs, à tes frères, à moi. « Matin et soir nous prions Dieu pour toi. « S'il te bénit, il nous protège encore*. » Mon bel arabe, adieu ! Sans toi, demain. Ma noble mère irait tendre la main.

•le t'achetai sur le port de Marseille, D'un Levantin qui se promenait là.

Ton dos cambré, Ion inquiète oreille.

Ton œil de feu, tout pour toi me parla. Aux Mamelouks, cavaliers intrépides, Des cbeiks du Nil t'auront sans doute offert; Ou, compagnon des chameaux du désert, Tu reposas aux pieds des Pyramides.

Mon bel arabe, adieu! Sans toi, demain, Ma noble mère irait tendre la main.

En te montant, que j'ai l'âme saisie Du grand projet qui m'occupe toujours!

Cherchons, me dis— je, oui, cherchons en Asie La gloire, un rang, des combats, des amours Où Bagdad rampe, où régna Babylone, Même aujourd'hui le plus simple officier

* En 17flô, madame Lnetitia fut obligée, avec toute sa famille, de fuir la Corse, où le parti français avait le dessous ; elle se réfugia à Marseille (feus un grand élat de gêne, quoi qu'en aient dit quelques-uns de ses enfants, qui, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, ne pensaient pas comme celui qui fonda leur fortune. .Napoléon ne fit jamais mystère de ses temps de pauvreté. (Note de Béranger.)

il DERNIÈRE - CHANSONS

Peul dire encor, n'eût-il que son i oui sier Tyran, à moi ta sùll me el ton trône! Mon bel arabe, adieu! Sans toi, demain, Ma noble mère irait tendre la main.

Que Dieu me donne un monde par la guerre, J'en ferai part à mes frères chéris:

Sous mon soleil ti m pied fera de terre Surgir des rois à mes sœurs pour maris. Je veux un règne à faire oublier Rome, T)ùl-il unir par d'éclatants malheurs.

Ah! je suis sûr qu'en me donnant des pleurs, Le peuple alors s'écrierail : Le pauvre homme! Mon bel arabe, adieu! Sans toi, demain, Ma noble mère irait tendre la main.

Tu hâterais ma course triomphale; Et je te vends quand l'Europe prend feu. Notre Alexandre a vendu Encéphale, Diront ces chefs que je flatte si peu. Mais vont s'ouvrir bien des routes nouvelles ; L'antique France a tremblé sous mes pas. Pour me porter où d'autres n'iront pas, A ton défaut, je sens que j'ai des ailes. Mon bel arabe, adieu! Sans loi, demain. Ma noble mère irait tendre la main.

Moment fatal '. le juifesl à la porte. \h! qu'il te trouve un maître plus heureux Ma mère attend tout l'argenl qu'il m'apporte, Pour abriter ses enfants si nombreux.

DE DERANGER. 45

Séparons-nous; mais, va, tu peux m'en croire,

Si quelque jour, devenu général,

Je te rencontre, ô vaillant animal !

Je te rachète au prix d'une victoire.

Mon bel arabe, adieu! Sans toi, demain, ) .

, , . Bis.

Ma noble mère irait tendre la main. )

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