‹ Dernieres chansons de P.J. de Béranger, 1834 a 1851, avec des notes de Béranger sur ses anciennes chansonsChapitre 17 sur 149 · SAINTE-HÉLÈNE · texte numérisé non relu

SAINTE-HÉLÈNE

\n; de la République.

Sur un volcan dont la bouche enflammée Jette sa lave à la mer qui l'étreint, Parmi des tlots de cendre et de fumée Descend un ange, et le volcan s'éteint. Un noir démon s'élance du cratère :

« Que me veux-tu, toi resté pur el beau? » L'ange répond : « Que ce roc solitaire. Dieu l'a dit, devienne un tombeau. »

Mais le démon : « Celle île es1 mon Ténare. Là j'espérais d'un déluge effrayant Lancer les feux sur l'Argonaute avare Qui par ici tenterait l'Orient.

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Et l'envahir! Une dépouille humaine Souiller ces mers, vierges de tout vaisseau ! Jusqu'où le monde a-t-il poussé la haine", Qu'ici Dieu lui cache un tombeau?

• Pour quel colosse éteint-on le cratère? Un roi sans doute, un héros hasardeux. Tous ont de morts si bien jonché la terre. Une place un jour doit manquer pour l'un d'eux De tant d'États au cercueil d'Alexandre Ravirait-on jusqu'au dernier lambeau?

— Les venlSj dit l'ange, oui balayé sa cendre . Ce roi n'a plus même un tombeau! »

L'autre repart : « Quels restes de grand homme Va jour ici seront donc déposés?

En ce moment César tombe dans Home Sous les poignards à son sceptre aiguisé.

— Rome, dit l'ange, aura sa sépulture:

Mais, quand va naître un monde tout nouveau, Les loups du Nord viendront chercher palme

Sur les débris de son tombeau. »

L'être infernal, alors, baissant la tète, Dit en soi-même : « Est-ce donc pour celui Oui, ralliant le monde en sa conquête, Va lui donner une croix pour appui? »

L'ange l'entend : « Silence! esprit rebelle! 11 ne craint, lui, ni chacal ni corbeau; Car, dans Sion, c'est moi, lampe fidèle, Qui veillerai sur son tombeau

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» Démon, écoute. Avant deux mille années, Un conquérant, empereur des Gaulois, Terminera d'immenses destinées Sur cet écueil, à la honte des rois.

Pour le punir d'attarder dans sa route L'humanité qu'éblouit son drapeau, Qu'il trouve ici, quoi qu'au ciel il en coûte, Une prison et sou tombeau.

« Privé pour lui de ton trône de laves, Sois son geôlier, prends des traits odieux; Trouble ses nuits, resserre ses entraves; Tiens de ses maux la coupe sous ses yeux. Cet homme ainsi purifiant sa gloire, Pour l'avenir redevient un flambeau, Sur l'infortune achève sa victoire Et des rois triomphe au tombeau. »

Loin du démon, loin de ces tristes plages, L'ange à ces mots revole aux pieds de Dieu, Dont l'œil déjà voit à travers les âges Le grand captif expirer dans ce lieu.

Quelques amis en pleurs sont venus prendre De l'astre éteinl le glorieux fardeau.

Dieu joint sa main aux mains qui vont descendre Napoléon dans son tombeau.

DE DERANGER.

LA LEÇO>T D'HISTOIRE

\>r; du ballet des Pierrots.

Le grand captif à Sainte-Hélène, Souffrant, promenait son ennui.

Un entant, de fleurs la main pleine, Pour le fêter court après lui.

Napoléon s'assied, l'embrasse :

« Viens, lui dit-il en soupirant; Le mien sans doute a même grâce.

Viens sur mon cœur, fils de Bertrand.

« — Mon fils, que te fait-on apprendre?

— Sire, l'histoire; et, ce matin, Mon père en français m'a fait rendre Sur Rome un passage latin.

— Et notre histoire, on l'abandonne !

Si grands qu'aient été nos aines.

La France, enfant, vaut bien qu'on donne Son lait de mère aux nouveaux-nés.

« — Oh! sire, je sais notre histoire.

J'ai lu les Gaulois nos aïeux; Les Francs, Clovis et la victoire Qui lui fit abjurer ses dieux.

Avant qu'il eût fondé le trône, Combien j'admire, en ces temps-là,

Geneviève qui fail l'aumône Et sauve Paris d'Attila.

•< J'ai lu les Sarrasins d'Espagne, Une Martel remplit de terreur; Les conquêtes de Charlemagne, Salué dans Home empereur; Philippe-Auguste et les croisades, Et de fers saint Louis chargé :

Héros qui soigne les malades, Hoi qui pleure avec l'affligé.

« — Mon lils, c'est le plus honnête hoimni Qui d'un peuple ait dicté les lois.

Nomme à présent nos guerriers, nomme Les plus laineux par leurs exploits.

— Bavard, Coudé, Guesclin, Turenne, Sire; mais ce qui doit Loucher, C'est Jeanne d'Are, lorsqu'on la l raine Pour mourir au l'eu d'un bûcher.

« — Ah! mon enfant, ce nom réveille Le plus beau souvenir français.

De son sexe elle est la merveille Dans les combats* dans sou procès!

D'un ange éblouissant mirage.

Jeanne* échauffant tout de sa toi, Fille du peuple, a fail l'ouvrage où succombaient nobles et rois.

ti Née aux champs, d'art el de science Un rayon d'en haut lui tint lieu;

DE BERANfiER.

Oui, puisqu'elle a sauvé la France, Sa mission venait de Dieu.

Faut-il une pure victime Au salut des peuples souffrants, Dieu, pour ce dévouement sublime, Choisit une âme aux derniers rangs.

« Honte et malheur à qui l'outrage, Vierge, sœur des plus grands héros !

Que le ciel châtie en notre âge Les Anglais, tes lâches bourreaux!

De leur orgueil ils vont descendre, Et le Dieu dont la voix t'arma Pour leurs fronts a gardé la cendre Du bûcher qui te consuma. »

Alors, oubliant qui l'écoute, Il s'écrie : « Anglais inhumains, Comme elle, ici, bientôt sans doute.

Je sortirai mort de vos mains.

Mais, pour braver vos sentinelles.

Pour fuir vos brutales clameurs, Jeanne au bûcher trouva des ailes, Et moi, depuis cinq ans je meurs ! »

L'enfant, à ces mots, fond en larmes:

Le vieux soldat s'en attendrit.

« — Prés de nos geôliers sous les armes.

Vois ton père qui te sourit.

Cours le chercher; ma force expire;

Cours : c'est son liras qu'ici j'attends.

Gi DERNIÈRES CHANSONS

Hélas ! sans me voir lui sourire, Mon fils pleurera bien longtemps. »

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