‹ Dernieres chansons de P.J. de Béranger, 1834 a 1851, avec des notes de Béranger sur ses anciennes chansonsChapitre 61 sur 149 · SAINT NAPOLEON · texte numérisé non relu

SAINT NAPOLEON

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\ nus, fier baron, qui rampiez dans un temps Fécond en luis, en travaux, en batailles,

' Pendant tout le règne de Napoléon, son patron l'ut snh^ti- 1111'', sur le calendrier, à saint Itorli, qui, depuis la Restauration, a repris sa plaie au III août.

Les prêtres composèrent à jrand'peine une courte léfremle

DE BKR VNGER. \'t

Combien d'honneurs vous devez aux trente ans Qui de l'Empire ont vu les funérailles! L'aigle a légué la France aux étournaux : Pour un Gérard que île .1 * !

Un homme oé pour s'élever aux cieus Se montre-t-il, tous les nains qui l'approchenl Sur ce géant se guindent de leur mieux, A ses habits, à ses bottes s'accrochent.

A peine il voit ces avortons, qu'il rend Fiers île sa taille, et qu'il porte en courant.

Heureux baron, un jour il vous parla.

•i Sers-moi, » dit-il. El d'un signe il ajoute . « Viens; » vous venez. « Va là; » vous aile/ là Mais il perdit sceptre el valels en route. Tout, depuis |prs, vous fui prospère au point. Qu'un roi, sans vous, régnerai! mal ou point.

De vos débuts ne rougissez pas trop; Chacun en cour passe à cette filière.

Notre empereur, créateur au galop.

Quand son crachai fécondai) la poussière, Fil pour un saint, dans le ciel pris d'assaut, Ce qu'ici-bas il lii pour plus d'un -ni.

au saint impérial, donl le nom même n'avait jusque-là pan: que clans les vieilles chronique- italiennes. (Note tir Béranger. ' Plusieurs de uns généraux ont illustré le nom de Gérard, mais aucun autant que le maréchal, donl les vertus, le patriotisme et les talent- peuvent se passer d'éloges, lanl -nu nom éveille d'honorables sympathies. {Note 4r Bêrmger.)

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Oui, siiii patron, vieux défunl peu connu, Au Paradis végétait sans prébende.

De toul rayon lui voyanl le fronl nu, Les s;» î ut s ci iaîenl au saint de contrebande : il D'où nous vient-il? Qui l'a canonisé? Nous parierions qu'il n'est pas baptisé. »

[i Un pape intrus, disaient de bons voisins, L'aura tiré des carrières de Rome, De faux martyrs éternels magasins.

Chassons ce gueux ! » El contre le pauvre bomme Monsieur sain! Roch cour! exciter son chien, Tant les heureux onl le cœur peu chrétien.

Mais jusqu'au ciel, d'Austerlitz, d'Iéna, Montent les bruits et les ordres du pape. Vile on accorde au saint que l'on berna Fleurs, auréole, et triple part d'agape. Tout lui sourit; par une bulle ad hoc, De l'almanach son nom bannit saint Roch.

« Plus que Louis il a des airs de roi, » Dit le public, public de saints el d'anges Oui tient «le nous : la fortune y fait loi. El le bon saint, qui se gonfle aux louanges, Perdant bientôt le peu qu'il a de sens. Voudrait à Dieu voler sa part d'encens.

Barons ou ducs, c'est votre histoire à tous.

Napoléon d'un saint de pacotille

Fait un grand saint, fait des mi-, fait des fous,

DE BER \.M.I. li. 119

Gave des sots qu'il prend à la coquille, Kl tombe enfin. Messieurs, sur son rocher. C'est vous d'abord qu'il dut se reprocher.

LE JONGLE Ull

\u; : Soir ut malin sur lu fougère

Les démous sonl Ions de musique.

In obscur jongleur lui doté Par eux, jadis, d'un luth magique Qui rendait et joie et santé.

Grâce à de tulles mélodies.

Notre homme alors vit ses refrains Chasser ennuis el maladies, Peines du pauvre el noirs chagrins.

avant ce don, bien peu d'oreilles

S'éprenaient a l'ouïr chauler;

Mais, le I ut li ayant l'ail merveilles.

Chacun chez soi veut le fêter.

— « L'ami, quoique vilain île race.

\ iens avec nous. — Aon, viens chez moi.

A mon loyer le pauvre a place;

Viens chanter un festin de roi. »

Notre jongleur a l'âme bonne.

Visitant châteaux et palais,

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A plus d'un prince il Fail l'aumône lie joyeux iiir-. Je gais couplets.

Aux gens qu'épuise le servage Il couii rendre aussi la gaieté.

La gaieté leur rend le courage Qui rail rêver de liberté.

Martyr d'une goutte obstinée, A lui qu'un prélat ait recours; Qu'une fillette abandonnée Pleure sur d'inconstants amours ; Armé du luth, près d'eux il vole, Heureux de voir en peu d'instants Malade et vierge qu'il console Sourire au retour du printemps.

Aussi, qu'il passe, ou se le montre; Partout vieillards, iille>, garçons, Disent : « On bénit sa rencontre Quand son luth éclate en chansons.

Que de bonheur il en retire Si tant d'échos, émus cent l'ois, \ uni à l'oreille lui redire Les chants que leur souffle sa voix ! n

.Mais, sur son grabat, <|ii"l> fantômes Chaque jour troublent ses esprits!

Il ressent là tous les symptômes

De-> maux que son luth a guéris.

Ennuis, chagrins, lièvres, misère, Se vengent du roi des jongleurs.

L'amour s'y joint, amour sincère Qui ne l'a nourri que de pleurs.

Il recourt à son lulli sonore.

Sous ses doigts il se brise, hélas!

Une des cordes vil ire encore :

« De ma mort, dit-il, c'est le glas. » Avant l'âge enfin il succombe, De son art même Fatigue; Et Ton grave en or sur sa tombe :

K Des mortels ci-git le plus gai. »

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