‹ Dernieres chansons de P.J. de Béranger, 1834 a 1851, avec des notes de Béranger sur ses anciennes chansonsChapitre 72 sur 149 · LE CORPS ET L'AME · texte numérisé non relu

LE CORPS ET L'AME

Un vieillard mourait, e( son àme Parlait pour retourner aux deux.

Le corps la retient et réclame Un instant de derniers adieux.

Sur sa paille, il s'écrie : « Arrête '. Songe qu'à toi Dieu m'a donné.

Pourquoi fuir comme une lorette Fuit l'amant qu'elle a ruiné?

Morts embaumés dans voire bière A vous clergé, croix et bannière.

Pauvre corps sans linceul.

Va-t'en seul !

Bis.

i< — Quoi! dil l'àme, abjecte dépouille, Tu veux retarder mon départ !

Habit dont le contact me souille, Au néant va rendre sa part.

Dieu me rappelle à sa lumière :

Déjà s'endorment les douleurs.

Qu'importe après que la poussière Féconde épis, arbres ou Heurs !

Morts embaumés dans votre bière, A vous clergé, croix et bannière.

Pauvre corps sans linceul.

Va-t'en seul ;

•il* DERNIERES i il INSONS

- — Ingrate! Je suis loin de croire

Qu'à toi s -''ii> aienl loul appris.

Mais de mes soins garde mémoire :

II» datent de nos premiers cris Quand rien, regard, geste, parole, Au berceau ne t.' révélait, Qui se lit ton maître d'école?

.Mou instinct, ton frère de lait.

Morts embaumés dans votre bien .

A vous clergé, croix el bannière.

Pauvre corps, >:ms linceul, V:i-lVn seul :

« Vint notre jeunesse fleurie.

Tu te mirais dans ma beauté, El prodiguais par braverie Ma force el mon agilité.

Qu'alors je souffris de sévices] Car les toiles émotions !»•• mes besoins faisaient des vices, De mes penchants des passions.

Morts embaumés dans voire bière, A vous clergé, croix el bannière, Pauvre corps sans linceul.

Va-t'en seul !

« Du jeu voulant solder les dette-.

Et i\u ciel niant \<\ bonté,

Dans la Seine un soir tu me jettes :

Lâche abus de l'autorité.

Mais de raison le flot !" prive:

Nature me rend toui pouvoir.

LU BÉR V.N'GER

Je nage, aborde, el sur la rive Je change en pleurs ton désespoir.

Morts embaumés dans votre bière, A vous clergé, croix et bannière Pauvre corps sans linceul.

Va-t'en seul !

« Plus tard misère el sciatique Furent mes moindres maux, hélas '.

Pi'ofesseur de métaphysique, Dans ce grenier lu m'installas.

Au sommet des lois éternelles A jeun étions-nous parvenus, Tu te vantais d'avoir des ailes.

Quand souvent je marchais pieds nus, Morts embaumés dans votre bière, A vous clergé, croix et bannière. Pauvre corps sans linceul, Va-t'en seul !

« Enfin nous surprend la vieillesse.

Tous deux las, tous deux abattus.

De mon déclin uaît ta sagesse:

L'impuissance abonde en vertus.

Là-haut ne t'en fais pas un liiiv.

Cette sagesse a ressemblé Aux fleurs d'hiver que sur la vitre Fait éelore un soleil gelé.

Morts embaumés dans votre bière, A vous clergé, croix et bannière.

Pauvre corps sans linceul.

Va-t'en seul !

Bis.

j 'ii mis \iir.i s lu \ nsons

« Donc, enfant, qui sors de tes langes, Bénis ton premier vêtement.

Vu de Dieu chauler les louanges; Oui, pars, el qu'il te soit clément Je sens s'anéantir mon être.

il regrets de l'antique foi !

J'ai peur, el voudrais bien qu'un prêtn Par charité priât sur moi.

.Morts embaumés dan-- votre bière, A vous clergé, croix et bannière.

Pauvre corps sans linceul, ,

Va-t'en seul! »

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