‹ Dernières chansons de P.J. de Béranger, 1834 à 1851 (volume 2)Chapitre 14 sur 136 · AU GALOP · texte numérisé non relu

AU GALOP

Ain : Commissaire.

Aimons vite,

Pensons vite ; / Tout invite

A vivre vite.

Aimons vite,

Pensons vite.

Au galop, Monde falot !

Au galop, toujours, toujours, Du fouet le Temps nous presse, Sans respect pour la sagesse.

Sans pitié pour les amours.

A cheval sur nos chimères, Courant jusqu'au débotté, Faisons, pauvres éphémères, D'un jour une éternilé

DE DERANGER. 49

Aimons vite,

Pensons vite ;

Tout invite A vivre vite.

Aimons vite,

Pensons vite.

Au galop, Monde falot !

Patiiarches, à loisir Vous aviez le temps de vivre, Le temps de soigner un livre.

Un calcul, môme un plaisir.

Vous offriez aux plus fières Deux siècles de vœux constants, Et donniez les étrivières A des marmots de cent ans.

Aimons vite,

Pensons vite ;

Tout invite A vivre vite.

Aimons vite,

Pensons vite.

Au galop, Monde falot!

Dieu nous a rogné le temps, Lui qui taille en pleine étoffe.

Gare qu'une catasti'ophe N'abrège encor nos instants !

.'iO DERNIÈRES CHANSONS

En boutons cueillons les roses, Verts encor les fruits nouveaux ; . Surtout ne Taisons de pauses Que pour changer de clievaux.

Aimons vite,

Pensons vile:

Tout invite A vivre vile.

Aimons vite.

Pensons vite.

Au galop, Monde falot !

Destin, de milliards en tas Fais-moi faire la trouvaille. Destin me répond : Travaille Soit ! je vais nietti'e habit bas.

Pouitant un point m'importune Promets-tu de me donner Six mois pour faire fortune, Un ;ui })oui- me ruiner?

Aimons vite,

Pensons vite ;

Tout invile A vivie vile.

Aimons vile,

Pensons vile.

Au galopj Monde falot!

DE BÉRANGEh.

Votre amour me ferait Dieu :

M'aimez-vous, mademoiselle ?

Soupirez un mois, dit-elle.

Un mois! c'est la morl. Adieu !

Viens, me crie une friponne Qui du temps sait mieux user ; Chaque baiser qu'on se donne Peut être un dernier baiser.

Aimons vite,

Pensons vite ;

Tout invite A vivre vite.

Aimons vile,

Pensons vite.

Au galop, Monde falot !

La gloire à son hameçon Voudrait m'arrêler en roule :

Mais trop ri'fléchir me roule, Je m'en tiens à la chanson.

Quel bien veut-on que me fasse L'honneur promis à mes 05î D'un marbre où mon nom s'efface Sous le pied de tous les sols?

Aimons vite.

Pensons vile ; Tout invite A vivre vite.

Aimons vite,

Pensons vite.

Au galop, Monde falot !

Au galop donc, mes amis, Éphémères d'un vieux globe !

Au néant s'il se dérobe.

C'est qu'à courir il s'est mis.

Notre vie ainsi lancée Ira, cent fois dans un jour, De l'amour à la pensée, De la pensée à l'amour.

Aimons vile.

Pensons vite.

Tout invite.

A vivre vite.

Aimons vite.

Pensons vite.

Au galop, Monde falot !

DE BERANGEP.. , 53

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