‹ Dernières chansons de P.J. de Béranger, 1834 à 1851 (volume 2)Chapitre 2 sur 136 · PLUS DE VERS · texte numérisé non relu

PLUS DE VERS

. Air des Trois Couleurs.

Non, plus de vers, quelque amour qui m'anime : La règle et Tari m'éciiappenl. à la fois ; Un écolier sait mieux coudre la rime Au bout du vers mesuré sur ses doigts. Devant le ciel lorsque tout haut je cause Avec mon cœur, au fond des bois déserts, L'écho des bois ne me répond qu'en prose. Dieu ne veut plus que je fasse de vers.

Dieu ne veut plus! Et, comme aux fins d'aulomiic, Le villageois, dans ses clos dépouillés, Regarde encor si l'arbre en sa couronne Ne ( ache pas quelques fruits oubliés.

Je vais cberchant; pour cela je m'éveille; Mais Tarbre <»st mori, fatigué des hivers :

18 DERNIÊPES CHANSONS

Qu'il manquera de fruits à ma corbeille ! Dieu ne veut plus que je fasse de vers.

Dieu ne veut plus ! El pourtant dans mon âme J'entends sa voix dire au peuple craintif : Lève ton front, peuple, je te proclame De la couronne héritier présomptif.

Il dit : et moi, joyeux de prescience, Lorsque j'allais, par de nouveaux concerts, Peuple Dauphin, l'instruire à la clémence, Dieu ne veut plus que je fasse de vers.

UN an(;r

Ain (lo la Pipe de tabac, o//;.l'ai vu jiarloul dans mes voyages.

D'où naît cette pure auréole Dont les rayons frappent mes yeux?

(l'est un ange, un ange qui vole Entre mon hont chauve et les cieux.

Comme un doux luth sa voix m'attire, Et ses cheveux longs et flottants EmlTaïunent l'air que je respire Des plus <loux parfums du in'inlemps.

Oui, c'est un ange; car mes rides t'criiicn! fuii' la simple heaulé Oui lirai! dans mes yeux humides Des souvenirs de voluplé.

DE UK RANGER. 19

Mais l'ange aux gi âces innocentes, Presque heureux d'être venu tard, Sourit quand ses mains caressantes Réchauffent les mains du vieillard.

Cet ange écarte d'un coup d'aile

Les songes hoirs qui m'étreignaient;

Il serait mon guide fidèle

Si mes faibles yeux s'éteignaient.

Au but de ma course éphémère

Qu'enfin j'arrive harassé,

Comme un nouveau-né par sa mère,

Sur son sein je mourrai bercé.

Mais de mourir jiourquoi parlé-je, Quand pour vivre il me tend la main ? Son souffle a fait fondre la neigt; Qui cachait les fleurs du chemin.

Et pour ma soif, dans le voyage, De ses lèvres coulent toujours Des baisers plus doux qu'au jevme âge Ne m'en prodiguaient les amours.

Jen suis donc sûr, il est des anges Qui, vers nous prenant leur essor.

Au pauvre enfant donnent des langes, A la pauvre mère un peu d'or.

Vous, leur sœur, d'une âme ravie Agréez le culle pieux; Qu'avec vous j'achève la vie, Qu'avec vous je remouli» aux cieux.

20 DERMliRES CHANSONS

LE PlIEMX

Jadis, en des climats loinlains,

Vivait sur de fertiles plages

Une république de sages

Heureux des plus obscurs destins.

Le phénix vint sur Tautre rive.

Vite, à sa cour il les fit appeler.

Son héraut criait : « Qu'on me suive ! Dépêchez-vous ; Toiseau peut s'envoler. »

Parloul Tesclave galoiuié

\'a disant : « Mon maître a des aih's

A couver vingt peuples fidèles;

N'cnez voir foiscau couronm''.

l'as iiVst besoin de vous rapprendre.

Au l)ien de tous il aime à s'immoler.

S'il meuit, il renaît de sa cendre.

Dépccliez-vous; l'oiseau peu! s'envoler, n

Nul ne bouge. Il ajoute encor :

(( Ne ))as le voii' serait dommage.

Rien d'aussi beau que son pliiiuage.

Son bec de perle et ses pieds d'or.

Vrai sdieil, sa riclu^ couronne, Sur vos moissons daignant étincelei-.

Les mûrirait, Dieu me pardonne!

Dépèchez-vous; l'oiseau peul s'emitlei'. >•

DK BERA^'GI^l5. 21

Un vieillard enfin lui répond :

« Cesse, ami, tes vaines fanl'aies ;

Nous préférons, nous, vrais barbares,

A ton oiseau poule qui pond.

Pourtant il nous plaît fort enlenclic (ilianler linots, colombes roucouler.

Le chant du phénix est moins tendre; ("est chant royal ; Toiseau peut s'envoler.

« Sache qu'en son bûcher fumant

Nos pères Font osé surprendre.

(Ju'ont-ils découvert dans sa cen(he?

Hélas ! un cœur de diamant.

Tout être unique en son espèce D'aucun amour n'a pouvoir de brûler.

Plaignez les rois, dit la Sagesse.

Nous les plaignons; l'oiseau peut s'envoler, "

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