MON OMBRE
\ii'. : J'étais bon chasseur audelois.
L'oiseau module un dernier chant; Moi, vieillard, j'écoute et je songe.
Mais aux feux du soleil couchant Je vois mon ombre qui s'allonge, S'allonge et semble aller s'asseoir Au bord de la route poudreuse.
Elle aspire au repos du soir; Mou ombre din'ieul ))ai'ess(Misr.
A (pioi l'ai-je doue pu lasser?
Au temps froid comme au lemps des rose^
Si je marchais seul pour penser, Pour rêver j'ai l'ait bien des panses.
Alors de trop graves sujets Forçaient-ils mon vol à s'étendre, Tandis qu'au ciel je voyageais, Mon ombre dormail à m'ait endre.
Chantais-je à de joyeux banquets, Sitôt qu'elle y pouvait paraître, Derrière moi, comme un laquais.
La moqueuse singeait son maître Tard au logis rentrant parfois.
Quand l'aï tournait au mirage.
Au clair de lune, je le crois, Mou ombre eûl lait rougir im sage.
Je ne veux non plus le cacher :
Jadis des ombres moin-; fidèles, A ses bras daignant s'attacher, La faisaient (îoui'ir avec elles.
C'était le temps des jours d'espoir.
Des nuits d'amour toutes remplies.
Dans ces nuits, grâce à l'éteignoir, Mon ombre a fait peu de folies.
Les beaux rêves m'ont tous quitté.
Où sont les ombres des sylphides?
A peine un rayon de gaieté
Glisse encore à travers mes i-ides.
Il est un fantôme divin
Oui i-end le soir des ans moins sombre
DE r.ÉRAiNGER. 1!)9
(i'est la gloire, hélas! mais en vain Mon ombre a poursuivi colle omlire.
Une ombre de Dieu brille en nous ; Je le sens, et pourtant j'ignore (]e qu'à ses yeux nous sommes tons, Sur ce vieux sol qui nous dévore, 3Iais le soleil disparaissant Peut-être résout ce problème, Car il semble qu'en s'effaçaiit Mon urnbie dise ; Ombi*e toi-même.
1847 A mi
LA COLOMBE
ET LE CORBEAl' Ï)V DRLlUiJ
Ai(i :
LR CORBEAU.
u Colombo, OÙ clioiclies-ln l'oliiiie?
i.A co[,ombf;.
Je vole à Noé plein de foi Annoncer la fin du déluge.
Corbemi, renlre au ^îte avec moi.
Il-; COliBKAU.
.\on. De ces monls Teaii se relire; Toiil promet fortune aux corbeau\ :.
D'un honuTie ici vois !es lambeaux. Et Toiseau noir se pjend à lire.
UKUNIEIi RS CHANSONS DE BKRANGKI',. «(H LA COLOMBE.
« Porte avec moi l'espoir dans rajciic; >Iontrons les flots moins soulevés, Kt rendons grâce au patriarche.
Corbeau, l'homme nous a sauvés.
LE CORBEAU
Oui, pour repeupler son empire Et nous croquer, gros ou petit :
Souhaite-lui bon appétit. »
Et l'oiseau noir se prend à liiv.
LA COLOMBE
« L'homme sur toute créature Règne, et du ciel vient cette loi
LE CORBEAU
.l'en doute fort; car la nature Partout pâlit devant son roi.
Mais dans l'abuTie qui l'attire Va s'engouffrer son lourd bateau :
Je le vois là-bas qui fait eau. »
Et l'oiseau noir se prend à rire.
LA COLOMBE
i( Non : Dieu réserve une famille.
L'Océan reprend son niveau ; Un signe de paix au ciel brille :
Il va naître un monde nouveau.
LE CORBEAU
Des mondes il seia le pire Si l'homme doit en hériter.
Dieu devrait bien me consulter. »
Et l'oisenu noir se prend à rire,
•2U-2 nERMÈHES CHANSONS
LA COLOMBE
« Prophète de désespérance, Tu ris des maux que tu prévois.
Moi, pour calmer une souffrance.
Je donnerais plumage et voix.
Adieu. Tu me ferais maudire; Je ne veux vivre que d'amour.
LE CORBEAU
Tu veux donc vivre à peine un jour.
Et l'oiseau noir se prend à lire.
LA COLOMBE
<( Méchant ! qu'ici ton fiel s'épanche. Je vais aux mortels malheureux De l'olivier porter la branche One Dieu m'a fait cueillir pour eux.
LE CORBEAU
Ma colombe, ils le feront cuiie Avec le bois de ce rameau.
De Satan rhomnie est le jumeau. »
Et l'oiseau noir se pi end à rire.