‹ Dernières chansons de P.J. de Béranger, 1834 à 1851 (volume 2)Chapitre 70 sur 136 · L'AVENIK DES BEAUX ESPRITS · texte numérisé non relu

L'AVENIK DES BEAUX ESPRITS

Air : C'est à mon iiiailre en l'ail, de plaire.

Beaux espi*its, adieu votre gloire.

Quand, unis par un droit commun, De leur passé perdant mémoire, Tous les peuples n'en feront qu'un.

Poëmes, chants, drames, harangues, Sermons de sages et de fous, Dans la confusion des langues, Verront leurs échos mourir tous.

Chaque langue, obscure eu sa soui'ce, Messieui's, est le fleuve natal Dont votre barque, dans sa course.

Doit subir le coiu'anl fatal.

Dès que lauriers, pampres et roses Viennent pavoiser votre bord,

^i^S DERNIÈRES CHANSONS

Vous rêvez aux apothéoses

Qui vous atlendenl dans le port.

Mais qu'un jour ce fleuve se nièie xiiix eaux du confïuent humain, Quel esquif ne sera trop frêle Pour s'y frayer un long chemin?

Là, sous des étoiles nouvelles, Aux afilux de cent régions, On verra sombrer vos nacelles Dans l'océan des nations.

Si quelque chant, si quelque page Échappe à tant de flots vivants, Pour en déchiffrer le langage, Entretiendra-t-on des savants ?

Majestés des Académies, Vous seiez, pour les curieux, Muettes comme les momies Que le Louvre étale à nos yeux.

Ijeaiix es[)rils, ce grand monde à uaili'e, Monde par nous prophétisé.

Que gagnerait-il ;» connaître Les vieux titres d'un monde usé?

Kien ne lui peut être un modèle.

D'où je conclus dés aujourd'hui Que, sur la cime où Dieu l'appelle, A'o - voix n'iront pas jusqu'à lui.

\)E BKItAlMiEK. H'.)

LA PUEDlCTIOxN

Aiii

liaison, sibylle du sage, Qu'on interroge trop tard, Me vient dire : « A ton voyage Dieu va mettre lin, vieillard.

Prends ton bâton, ta musette ; Fais tes adieux, et, bon pas, Va revoir chaque Lisette (Jui t'a devancé là-bas. »

Gaieté, persévère ;

Amis, votre main.

Lise, emplis mon vei're ; i ,.

Eh ! vite en chemin ! )

liaison, la grondeuse, ajoute :

« C'est trop, passer soixante ans.

Fais ton deruier bout de route ; Romps enfin avec le Temps.

Pour toi tout se décolore ; Vois le soleil (|ui pâlit.

Quelques pas à l'aire encore Vont te conduire à ton lit. »

Gaieté, persévère;

Amis, votre main.

Lise, emplis mon verre ;

Eh 1 vile en chemin !

iiO

•250 DKIIMKl'iES CllAiNSOlNS

Prédiction qui urericiiante !

Vai inonde est cher de loyei'.

Quittons le coin où je chante Pour chaque ternie à payer lîois, cités, champs et prairies, Si j'ai récolté chez vous, Des tleurs de mes rêveries J'ai lait des bouquets pour tous.

Gaieté, persévère;

Amis, votre main.

Lise, emplis mon verre;

Eh! vite en cheminJ

,\e n'emporte en ma mémoire Que l'image des beautés Qui, mieux qu'une sotte gloire, M'ont fait des jours enchantés.

Passé le temps des amantes, Dans mes soirs, j'ai bien des lois Cru voir leurs ombres charmantes Hire et danser à ma voix.

Gaieté, persévère;

Amis, votre main.

Lise, emplis mon verre ;

Eh ! vite en chemin î

On seul héritier me presser :

(l'est un chantre adolescenl.

La lampe de ma vieillesse Olïusque son jour naissant; Des chansons il veut l'empire ; D'Yvetot laisons-le roi»

En passant îUlons lui diii' :

'( Je pars; le trône est à loi. >*

Gaieté, persévère;

Amis, votre main.

Use, emplis mon verre ;

Rh! vite en cheniini

Que m'importe votre monde.

Ses aquilons, ses autans. Ses vieux rocs, sa mer qui grondr, La fleur qui manque au printenip> I De tout jeunesse s'arrange ; Mais, las des ans, je m'en vais.

Pétri de sang et de fange, (> glohe sent trop mauvais.

Gaieté, persévère ;

Amis, votre main.

Lise, emplis mon verre ;

Eh ! vite en chemin î

Adieu ! J'achève ma coinse.

Le ciel s'accourcit d'aulant Qu'il voit îiu fond de ma hoursc (]ombien peu j'ai de comptant!

Amis, quittez cet air morne.

Je pars, mais avec l'espoir.

Quand j'aurai \)assé la borne.

De vous crier : « Au l'evoir ! »

d'aieté, persévère;

Amis, votre main.

Lise, emplis mon veirc ; j . .

Eh! vile en chemin ! !

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