‹ Dernières chansons de P.J. de béranger, 1834 à 1851Chapitre 128 sur 215 · LE JUGE DE CHARENTON · texte numérisé non relu

LE JUGE DE CHARENTON

Note LIX. — Au premier vers. — Un discours au moins étrange prononcé par M. le premier président Séguier, à la rentrée des

* Voy. Ha Biographie. {Édition in-8, p, 135.1

tribunaux (en 1816), donna naissance à cette chanson, qui eut une vogue prodigieuse. Depuis, M. Séguier, comnae membre de la Chambre des pairs, dans l'affaire de la conspiration de i820, montra tant d'humanité et d'amour de la juslioe, que Béranger eût voulu pouvoir l'aire disparaître ces couplets. Outre l'inutilité de cette suppression, comme il le dit dans une note, ce qui devait lu porter à n'en rien faire, c'est que, le dernier couplet attaquant M. Bellart, qui était encore tout puissant lorsque parut l'édition de 1821, Béranger eût semblé reculer devant cette terrible puissance, à laquelle il prévoyait bien qu'il aurait à faire avant peu. Ses prévisions ne furent pas trompies; et M. Bellarl, si l'on en croit quelques rapports, ne se montra pas seulement magistrat sévère. C'est le cas de rapporter un fait qui est de peu d'importance, mais qui ne doit pas rester dans l'oubli, puisqu'il honore Napoléon et un de ses ministres.

A l'époque des Cent-Jours, Bellart prit la fuite. Sa famille voulut faire sonder l'Empereur pour savoir s'il pourrait rentrer sans danger. On s'adressa à Béranger, qui connaissait M. Regnaud de Saint-Jean-d'Angély. Les prières du chansonnier engagèrent celui-ci à parler de Bellart à Napoléon, qui répondit qu'il pourrait rentrer en France, qu'il y serait tranquille et ne courrait aucun danger. Béranger, qui n'avait i)as encore de cet avocat l'idée qu'il a du concevoir depuis, heurcu.x d'une telle réponse, se hâta de la porter à l'ami de Bellart, qui l'avait engagé à se charger de cette négociation. En 182-J, le procureur général ne pouvait l'ignorer, car une personne di; la famille de cet ami écrivit pour le lui rappeler ou le lui apprendre, pendant le procès que Béranger eut à soutenir après sa condamnation, lorsque, contre tout droit, on voulut lui imputer à crime la publication des pièces du premier procès fait aux chansons. Or le parquet seul avait provoqué cette affaire, et M. Bellart en était le chef. C'était un terrible homme que ce magistrat; il eût volontiers traité un chansonnier comme un maréchal de France.

Pour revenir à la chanson qui donne lieu k cette note, il faut dire qu'elle se compose en partie des e.vpressions mêmes qui choquèrent si généralement dans le discours de M. le premier président, et qu'elle fut composée le Moniteur à la main ; ce qui la rendait piquante lorsqu'elle parut doit la rendre inintelligible aujourd'hui. (Note de Bcranger.)

On trouve, par extraits seulement, le discours de M. Séguier à la page 1:252 du Moniteur de ISItJ. C'est en effet une étrange satire de l'œuvre de la Révolution française. Le principe d'égalité y est tourné en ridicule, et le premier magistrat de la France déclare que le Code est un livre empoisonné. {Note de l'Éditeur.)

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