‹ Dernières chansons de P.J. de béranger, 1834 à 1851Chapitre 161 sur 215 · LE CINQ MAI · texte numérisé non relu

LE CINQ MAI

Note C. — Au litre. — Jamais la chanson n'avait élevé ses prétentions si haut qu'en osant déplorer la mort du plus grand homme des temps modernes et peut-être des temps anciens, de celui qui avait à lui seul gagné autant de batailles qu'Alexandre et César, autant administré que Charlemagne et Louis XIV, et à qui nous devons un co le civil, résumé de notre [nouvelle position sociale, dont le bienfait compense à lui seul les maux que les ennemis de Napoléon ont prétendu qu'il avait faits à la France.

L'auteur hésita longtemps s'il tenterait un pareil chant funèbre. Une fois son cadre déterminé, il crut devoir y faire entrer des Espagnols plutôt que tout autre peuple, parce que ceux-ci passaient pour avoir le plus à se plaindre de Napoléon. Il crut donc, en les faisant participer à la douleur de l'exilé français à qui ils ont accordé le passage, exprimer mieux que par tout autre moyen combien les traitements odieux Ique ce g^and homme avait eu à essuyer l'avaient rendu l'objet de Tintérét des peuples mêmes qu'il passait pour avoir le plus opprimés.

On remarquera sans doute que le refrain est ici presque complètement isolé du couplet. Il ne s'y rattache que par opposition, puisque Napoléon ajoutait à ses malheurs déjà si longs celui de mourir loin de sa patrie et du fils qui devaitavoirses'dernières pensées et qui aurait dû lui fermer les yeux. Ce refrain, ainsi détaché, est une imitation de la manière antique. Le chansonnier, qui ne savait pas plus de grec que de latin, avait cependant pour les ouvrages de la ^langue grecque une admiration si vive *, qu'elle résista toujours au dégoût que devaient lui causer la plupart de nos traductions. (Note de Béranger.)

Note CI. — Av. vers

Allez, enfants, nés sous un autre règne. Béranger voulait annoter toutes ses chansons, comme il l'avait *Voy. Ma Biographie. (Édition in-8, p. 77.)

fait pour le recueil de 1821, il a seulement laissé deux notes placées au dernier feuillet du tome II de l'édition de 1821 ; elles se rapportent au troisième volume, qu'il publia en 1825 {Chansons nouvelles, in-18, imprimerie de Plassan), et qu'il avait fait précéder d'une chanson-préface. (iVo^e de l'Éditeur.)

Ce volume n'eut point le sort des précédents ni de celui qui l'a suivi : on ne poursuivit point l'auteur. 11 est vrai que ses libraires lui firent tant de chicanes sur les chansons dont il le composa, que, malgré son opiniâtreté, il fut obligé de céder quelquefois à leurs craintes et à leurs prières. Béranger a toujours soupçonné que l'un d'eux communiqua le manuscrit à la police. 11 avait d'ailleurs prévu que M. de Villèle, tout-puissant alors, ne se soucierait pas de donner par un procès du relief à la publication. C'était au commencement du règne de Charles X, à qui on voulait faire une espèce de popularité : un procès fait à des chansons eût été une grosse maladresse. On prit donc ses mesures d'avance, et grand nombre de suppressions furent demandées par le libraire en question. Il en est une, entre autres, qui fut l'objet d'une longue négociation; il s'agissait de faire disparaître le couplet d'envoi à Manuel qui termine la chanson des Esclaves gaulois L'auteur fut inflexible, et le couplet resta.

Ce qu'il y eut de particulier, c'est que, Béranger ayant refusé de retrancher plusieurs vers dans ditïérentes autres chansons, il fut obliger de se déclarer éditeur du volume, et que c'est à ce titre que le dépôt en fut fait sous son nom à la direction de la librairie.

Le libraire et l'imprimeur, de leur autorité privée, n'en firent pas moins disparaître cinq ou six vers dans une moitié de l'édition ; il en résulta saisie d exemplaires et procès pour vice de forme, procès qui eût dû être fait à l'auteur, éditeur déclaré ; mais le parti était pris, cette fois, de ne pas le tourmenter, et il ne fut question que de l'imprimeur en première instance et en appel, tandis que c'était l'éditeur, qui, dans les règles, eût dû être mis en cause. Certes, si le ministre tout-puissant n'eût pas donné le mot d'ordre, l'affaire ne se fût point passée ainsi ; mais M. de Villèle n'avait point besoin, pour faire valoir son royalisme, de tracasser un pauvre auteur. Béranger l'avait prévu, et, comme il avait habitude de proportionner son attaque au danger qui en pouvait résulter, cette prévision ne contribua pas peu à le rendre plus facile aux exigences de ses libraires, pour les passages de ce volume où il ne vit pas une nécessité de résister aux craintes dont ils étaient obsédés. Au reste, ces corrections furent en très petit nombre, et le volume, tel qu'il parut, suffit bien pour prouver que la prison n'avait pas éteint dans le chansonnier les sentiments qui lui avaient mérité l'honneur d'une condamnation. Aussi les journaux ultra ne manquèrent-ils point de le dénoncer de nouveau à l'animadversion du parquet et des juges; mais, malgré les plaintes des royalistes, le libraire seul

eut un peu à souffrir du zèle de MM. les magistrats (Note de

Beranger.) ^

NotkCII. —Au commencement du règne de Charles X bon nombre de généraux de l'ancienne armée et quantité de libéraux de tribune et de journaux se persuadèrent ou voulurent persuader à a nation que l'époque était arrivée d'un rapprochement entre elle et le trône légitime. Beranger ne tomba pas dans cette erreur; mais il voulut la constater dans celte Préface Au quatrième couplet, il indique ce qu'on devait redouter le plus c est-à-dire le jésuitisme. Par le dernier couplet, on peut juger qu II n était pas complètement rassuré sur les bonnes intentions de 1 autorité à son égard. Au reste, cette préface était propre à détourner les coups qui pouvaient le menacer. (Note de Beranger.)

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