‹ Dernières chansons de P.J. de béranger, 1834 à 1851Chapitre 23 sur 215 · LES OISEAUX DE LA GRENADIÈRE · texte numérisé non relu

LES OISEAUX DE LA GRENADIÈRE

Air

Comme en ses vœux l'homme s'abuse!

Le Ciel permet qu'en ce réduit,

Disais-je d'une voix qui s'use,

Mes derniers jours coulent sans bruit.

Et de ces murs le sort m'exile :

Adieu, fleuve, arbustes et fleurs ;

Vous, de mes fruits joyeux voleurs.

Oiseaux qui charmez cet asile.

Oiseaux, adieu ! Peuple heureuxetchéri,).

, *^ [Bis.

En vous créant l'Eternel a souri. )

*La Grenadière, petite habitation sur les bords de la Loire, vis-à-vis de Tours, décrite avec l'admirable talent qu'on lui connaît par M. de Balzac, qui y avait demeuré quelque temps avant moi. Le propriétaire de cette agréable

J'entends un oiseau me répondre .

Il Ami, pourquoi t'aftliger tant?

Il Sur nous l'orage vient-il fondre, Il Un abri partout nous attend.

« Quand l'hiver qui tout décolore.

Il Dépouille jardins et forêts, Il II reste encore quelques cyprès Il D'où nos voix réveillent l'aurore. »

Oiseaux, adieu. Peuple heureux et chéri,

En vous créant l'Éternel a souri.

Il La pauvreté, sombre nuage, € Bientôt, dis-tu, fondra sur toi?

Il Jeune, tu bravais son passage; « Au soleil n'as-tu donc plus foi?

Il Crois-nous, quelques routes nouvelles I' Que ton vol prenne en son essor, « Si le nuage crève encor, M Un rayon séchera tes ailes. »

Oiseaux, adieu. Peuple heureux et chéri,

En vous créant l'Éternel a souri.

Il Tu nous as chanté, sous ces treilles, Il L'aigle expirant, captif des mers.

« Apprends d'infortunes pareilles <i A subir de communs revers.

Il Va gaiement où le sort te pousse, (I A la ville ou dans un chalet.

maisonnette. L'excellent M. de Longpré à qui il n'a pas tenu que j'y prolongeasse mon séjour, a respecté les plantations qu'il m'avait permis d'y faire. (Note de Béranger.)

« Pour ton nid, pauvre roitelet, « Que te faut-il? Un peu de mousse. » Oiseaux, adieu. Peuple heureux et chéri, En vous créant l'Éternel a souri. »

« La fin de tout, nul ne l'ignore.

* D'avance tu sauras quitter « Ces rosiers qui sont près d'éclore, <i Ces arbres qu'on t'a vu planter.

(1 Lorsqu'à partir tu te disposes, « Un corbeau te crie à l'écart :

« Pour parer les tombeaux, vieillard, « Dieu partout a semé les roses. »

Oiseaux, adieu. Peuple heureux et chéri, En vous créant FÉternel a souri.

Oiseaux, merci ! Rome fut sage De vous consulter autrefois ; Je vais au plus prochain rivage* Vivre en un coin sous d'humbles toits.

Ici, vous qui du vieil ermite Picoriez en paix les raisins.

S'il a des arbres pour voisins, Venez charmer son nouveau gîte.

Oiseaux, adieu. Peuple heureux et chéri, ) , En vous créant l'Éternel a souri. )

* Rue Chanvineiiu, à Tours. {Note de l'Editeur.)

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