‹ Dernières chansons de P.J. de béranger, 1834 à 1851Chapitre 28 sur 215 · L'OFFICIER · texte numérisé non relu

L'OFFICIER

Air de la Pipe de tabac.

(I Voilà les hussards; viens, Rosette; Devant la porte ils vont passer.

Ma sœur, viens; j'enlends la trompette; Tiens! tiens! les vois-tu s'avancer?

Combien de brillants jeunes hommes!

Qu'ils laissent d'amours à Paris!

Nous, paysannes que nous sommes, N'aurons point de si beaux maris! »

Devant Rose, brune élancée, Un jeune oificier passe alors :

« Amis, voilà ma fiancée ; Comptez, dit-il, tous ses trésors :

Œil vif, teint rosé, fine taille.

Oui, dans un an, à pareil jour, Je l'épouse, si la mitraille Permet de vivre à mon amour. »

Ces mots d'un fou. dits au passage.

Tu les entends, car tu rougis, Rose, et, sans rien voir davantage, Tu rentres rêveuse au logis.

Depuis, Rose à part soi répète Ces mots qui lui semblent si doux ; Et, chaque soir, sur sa couchette.

Pour l'officier prie à genoux.

Un an de rêves ainsi passe.

Le jour qu'il fixa brille enfin.

L'aube entrevoit Rose qui lace Pour lui son corset le plus fin.

N'enlend-on pas quelque bruit d'armes?

Elle écoute, sort, rentre, sort ; Attend, attend, et, toute en larmes, A minuit s'écrie : il est mort !

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