‹ Dernières chansons de P.J. de béranger, 1834 à 1851Chapitre 43 sur 215 · A UN AMI · texte numérisé non relu

A UN AMI

Air : Attendez-moi sous l'orme.

Ami, viens à mon aide ; Prête-moi cinq cents francs.

L'argent, quel sûr remède Aux maux petits et grands !.

En ville et sous le chaume, Trois fois heureux celui Qui prodigue ce baume Au souffrances d'autrui!

L'argent forait ma joie; On ne le croirait pas ; Car l'honneur dans sa voie M'a guidé pas à pas.

Souvent, près d'un tel maître, J'ai cru voir en chemin Le bonheur m'apparaitre, Une bourse à la main.

Qui n'est pas égoïste De l'argent sent le prix.

Dans son orgueil si triste Jean-Jacque en fait mépris.

Moi, je bénis la source Qui, traversant mon sol, Désaltère en sa course Colombe et rossignol.

Que coûtent ces richesses?

On me répond tout bas : Un crime ou des bassesses.

Prince, je n'en veux pas.

Non; l'argent, quoi qu'on dise, N'est point lave d'enfer :

C'est bonne marchandise; Mais on le vend trop cher.

De prix, un jour, s'il baisse, A Dieu plaise ordonner Qu'enfin je me repaisse De milliarJs à donner.

Les sots, dont j'aime à rire, Verront si je m'entends A faire la satire Des riches de mon temps.

Dieu n'en voulant rien faire, Ami, sois mon banquier.

Aux écus je préfère Le commode papier;

Ce doux papier de soie Qu'hélas ! trop peu souvent La fortune m'envoie, Et qu'emporte le vent.

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