‹ Dernières chansons de P.J. de béranger, 1834 à 1851Chapitre 79 sur 215 · RÊVE DE NOS JEUNES FILLES · texte numérisé non relu

RÊVE DE NOS JEUNES FILLES

Le petit oiseau sur la branche Laisse mourir son chanl d'amour; Et midi voit le lis qui penche S'alanguir sous les feux du jour.

Le petit oiseau sur la branche Laisse mourir son chant d'amour.

Comme elle dort, la jeune fille, Sur les coussins de ce boudoir!

Elle a mis bas, coiffe et mantille; Près d'elle en vain brille un miroir.

Comme elle dort, la jeune fille.

Sur les coussins de ce boudoir!

Là, de sa dernière pensée

Sa bouche encor garde un souris.

Le ciel brûlant l'aura forcée

De quitter ses jeux favoris.

Là, de sa dernière pensée

Sa bouche encor garde un souris.

De sa paupière demi -close S'échappe un vague et doux regard.

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Bsin DE H©s jnsiKEi Timm.

Carni«r frères Editeurs

Quelle élégance dans sa pose C'est un modèle offert à l'art.

De sa paupière dera -:lose S'échappe un vague et doux regard.

Un songe vient du bout de l'aile Effleurer ce lac endormi.

Quel sentiment s'éveille en elle?

Son corps se soulève à demi.

Un songe vient du bout de l'aile Effleurer ce lac endormi.

Peut-ôlre elle s'affole en rêve D'un beau page au blanc palefroi, Qui dit : « Dame, je vous enlève; (I Montez vite en croupe avec moi. »

Peut-être elle s'affole en rêve D'un beau page au blanc palefroi.

Peut-être aux pieds de cette Laure Un nouveau Pétrarque a chanté.

Fière du chantre qui l'adore, Elle embellit sa pauvreté.

Peut-être aux pieds de cette Laure Un nouveau Pétrarque a chanté.

Peut-être au ciel s'envole-t-elle?

Du ciel son âge a souvenir.

Au toit natal c'est l'hirondelle Que le printemps voit revenir.

Peut-être au ciel s'envole-t-elle?

Du ciel son âge a souvenir.

Ma dormeuse enfin se réveille.

Son cœur bat à rompre un lacet.

" — Que murmurait à ton oreille Le bon ange qui le berçait? »

Ma dormeuse enfin se réveille.

Son cœur bat à rompre un lacet

" — Le sort me faisait ses largesses.

De bonheur je poussais un cri Dans l'enivrement des richesses Que m'apportait un vieux mari Le sort me faisait ses largesses.

De bonheur je poussais un cri. »

" — Quoi ! des trésors sont ta rosée, Fleur brillante au parfum si doux?

— Oui, de la foule jalousée, J'avais de l'or jusqu'aux genoux.

— Quoi! des trésors sont ta rosée.

Fleur brillante au parfum si doux ! »

Devant ce rêve du jeune âge.

Adieu nos rêves d'avenir!

L'enfant en remontre au vieux sage ; L'or aujourd'hui vient tout ternir.

Devant ce rêve du jeune âge, Adieu nos rêves d'avenir I

LE CORPS ET L'AME Ara:

Un vieillard mourait, et son âme Partait pour retourner aux cieux.

Le corps la retient et réclame Un instant de derniers adieux.

Sur sa paille, il s'écrie : « Arrête!

Songe qu'à toi Dieu m'a donné.

Poiu'quoi fuir comme une lorette Fuit l'amant qu'elle a ruiné ?

Morts embaumés dans votre bière, A vous clergé, croix et bannière.

Pauvre corps sans linceul.

Va-t'en seul!

« — Quoi ! dit l'àrae, abjecte dépouille, Tu veux retarder mon départ!

Habit dont le contact me souille, Au néant va rendi'e sa part.

Dieu me rappelle à sa lumière :

Déjà s'endorment tes douleui's.

Qu'importe après que ta poussière Féconde épis, arbres ou fleurs !

Morts embaumés dans votre bière, A vous clergé, croix et bannière.

Pauvre corps sans linceul.

Va-l'en seul !

n — Ingrate! Je suis loin de croire Qu'à toi mes sens aient tout appris.

Mais de mes soins garde mémoire :

Us datent de nos premiers cris.

Quand rien, regard, geste, parole, Au berceau ne te révélait.

Qui se fil ton maître d'école?

Mon instinct, ton frère de lait.

Morts embaumés dans votre bière, A vous clergé, croix et bannière.

Pauvre corps sans linceul.

Va-t'en seul!

« Vint notre jeunesse fleurie.

Tu te mirais dans ma beauté.

Et prodiguais par braverie Ma force et mon agilité.

Qu'alors je souffris de sévices !

Car tes folles émotions De mes besoins faisaient des vices, De mes penchants des passions.

Morts embaumés dans votre bière, A vous clergé, croix et bannière.

Pauvre corps sans linceul, Va-t'en seul!

" Du jeu voulant solder les dettes, Et du ciel niant la bonté.

Dans la Seine un soir tu me jettes Lâche abus de l'autorité.

Mais de raison le flot te prive ; Nature me rend tout pouvoir.

Je nage, aborde, et sur la rive Je change en pleurs Ion désespoir.

Morls embaumés dans votre bière, A vous clergé, croix et bannière.

Pauvre corps sans linceul, Va-t'en seul !

« Plus tard misère et sciatique Furent mes moindres maux, hélas!

Professeur de métaphysique.

Dans ce grenier tu m'installas.

Au sommet des lois éternelles A jeun étions-nous parvenus.

Tu te vantais d'avoir des ailes, Quand souvent je marchais pieds nus.

Morts embaumés dans votre bière, A vous clergé, croix et bannière.

Pauvre corps sans linceul.

Va-t'en seul!

« Enfin nous surprend la vieillesse.

Tous deux las, tous deux abattus.

De mon déclin naît ta sagesse ; L'impuissance abonde en vertus.

Là-haut ne t'en fais pas un titre; Cette sagesse a ressemblé Aux fleurs d'hiver que sur la vitre Fait éclore un soleil gelé.

Morts embaumés dans votre bière, A vous clergé, croix et bannière.

Pauvre corps sans linceul, Va-t'en seul!

BU

« Donc, enfant, qui sors de les langes. Bénis ton premier vêlement.

Va de Dieu chanter les louanges; Oui, pars, et qu'il te soit clément Je sens s'anéantir mon être.

0 regrets de l'antique foi!

J'ai peur, et voudrais bien qu'un prêtre Par charité priât sur moi.

Morts embaumés dans votre bière, A vous clergé, croix et bannière.

Pauvre corps sans linceul, Va-t'en seul ! »

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