‹ Dernières chansons de P.J. de béranger, 1834 à 1851Chapitre 87 sur 215 · LE CHAPELET DU BONHOMME · texte numérisé non relu

LE CHAPELET DU BONHOMME

Air : On dit partout que je suis bête.

« Sur le chapelet de tes peines, Bonhomme, point de larmes vaines.

— N'ai-je point sujet de pleurer?

Las! mon ami vient d'expirer.

— Tu vois là-bas une chaumine :

Cours vite en chasser la famine; Et perds en route, grain à grain, Le noir chapelet du chagin. »

Bis.

Bientôt après, plainte nouvelle.

— « Bonhomme, où ta blessure est-elle?

— Las 1 il me faut encor pleurer :

Mon vieux père vient d'expirer.

— Cours ! Dans ce bois on tente un crime Arrache aux brigands leur victime :

Et perds en route, grain à grain, Le noir chapelet du chagrin. »

Bientôt après, peine plus grande.

— 'I Bonhomme, les maux vont par bande.

— Las! j'ai bien sujet de pleurer :

Ma compagne vient d'expirer.

— Vois-tu le feu prendre au village?

Cours l'éteindre par ton courage;

Et perds en roule, grain à grain.

Le noir chapelet du chagrin. »

Bientôt après, douleur extrême.

— (' Bonhomme, on rejoint ce qu'on ainoe.

— Laissez-moi, laissez-moi pleurer; Las ! ma fille vient d'expirer.

— Cours au fleuve : un enfant s'y noie. D'une mère sauve la joie;

Et perds en route, grain à grain, Le noir chapelet du chagrin. >>

Plus tard enfin, douleur inerte.

— (I Bonhomme, est-ce quelque autre perle?

— Je suis vieux et n'ai qu'à pleurer : Las! je sens ma force expirer.

— Va réchauffer une mésange

Qui meurt de froid devant ta grange ; Et perds en route, grain à grain, Le noir chapelet du chagrin. »

Le bonhomme enfin de sourire, Et son oracle de lui dire :

« Heureux qui m'a pour conducteur !

Je suis l'ange consolateur.

C'est la Charité qu'on me nomme Va donc prêcher ma loi, bonhomme, Pour qu'il ne reste plus un grain ) . Au noir chapelet du chagrin. » )

LE PREMIER PAPILLON Air :

Toi, le premier que je vois, Salut, papillon des bois!

Gai papillon, quelles nouvelles Nous apportes- tu sur tes ailes?

Aux affligés promets-tu le printemps, Cet ami que pour eux j'attends?

LE PAPILLON

Au feu du ciel tout se rallume.

Vieillard, regarde : il resplendit.

Déjà chaque bourgeon verdit Et partout l'herbe se parfume.

Toi, le premier que je vois, Salut, papillon des bois!

Gai papillon, quelles nouvelles ?

Combien tardent les hirondelles!

Leurs cris de joie, en revoyant leurs nids, Diraient : Espérance aux bannis!

LK PAPILLON

Ces messagères que I'cq guette Vont arriver; et, ce matin, J'écoutais un écho lointain Répéter un chant de fauvette.

Toi, le premier que je vois, Salut, papillon des bois!

Gai papillon, quelles nouvelles?

Les fleurs encor éclôront-elles?

Les verrons-nous émailler le gazon De la tombe et de la prison?

LE PAPILLON

Aux papillons comme aux fillettes, Oui, des fleurs vont s'offrir d'abord.

Vois-tu, sous le feuillage mort.

Briller l'œil bleu des violettes?

Toi, le premier que je vois, Salut, papillon des bois!

Gai papillon, quelles nouvelles?

Aurons-nous assez de javelles

Pour tant de faims dont le cri vient d'en bas Troubler le riche à ses repas?

LE PAPILLON

A peine le réveil commence.

J'ignore, en vos champs assoupis, Combien Dieu bénira d'épis; Mais j'entends germer la semence.

Toi, le premier que je vois.

Salut, papillon des bois!

Gai papillon, quelles nouvelles?

Quand de l'ange aurons-nous les ailes, Ou dans le sang, mer à flux et reflux, Quand ne se plongera-t-on plus?

LE PAPILLON

Vieillard, qu'un homme te réponde.

Au soleil je voltige en paix; Du suc des fleurs je me repais.

Adieu! Je plains bien votre monde.

Toi, le premier que je vois, Adieu, papillon des bois !

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