‹ Dernières chansons de P. J. de Béranger, de 1834 à 1851Chapitre 80 sur 101 · ET LE CORBEAU DU DÉLUGE · texte numérisé non relu

ET LE CORBEAU DU DÉLUGE

Air :

LE CORBEAU

Colombe, où cherches-tu refuge?

LA COLOMBE

Je vole à Noé plein de foi, Annoncer la fin du déluge.

Corbeau, rentre au gîte avec moi.

LE CORBEAU

Non. De ces monts l'eau se retire; Tout promet fortune aux corbeaux.

D'un homme ici vois les lambeaux.

Et l'oiseau noir se prend à rire.

LA COLOMBE

Porte avec moi l'espoir dans l'arche; Montrons les flots moins soulevés

El rendons grâce au patriarche.

Corbeau, l'homme nous a sauvés.

LE CORBEAU

Oui, pour repeupler son empire, Et nous croquer, gros ou petit.

Souhaite-lui bon appétit.

Et l'oiseau noir se prend à rire.

LA COLOMBE

L'homme sur toute créature Règne, et du ciel vient cette loi.

LE CORBEAU

J'en doute fort; car la nature Partout pâlit devant son roi.

Mais, dans l'abîme qui l'attire Y a s'engouffrer son lourd bateau Je le vois là-bas qui fait eau.

Et l'oiseau noir se prend à rire.

LA COLOMBE

Non : Dieu réserve une famille.

L'Océan reprend son niveau ;

DE BÉRÀNGER. Ô09

Un signe de paix au ciel brille :

Il va naître un monde nouveau.

LE CORBEAU

Des mondes il sera le pire Si l'homme doit en hériter.

Dieu devrait bien me consulter.

Et l'oiseau noir.se prend à rire.

LA COLOMBE

Prophète de désespérance, Tu ris des maux que tu prévois.

Moi, pour calmer une souffrance, Je donnerais plumage et voix.

Adieu. Tu me ferais maudire; Je ne veux vivre que d'amour.

LE CORBEAU

Tu veux donc vivre à peine un jour.

Et l'oiseau noir se prend à rire.

LA COLOMBE

Méchant! Qu'ici ton fiel s'épanche.

Je vais aux mortels malheureux

oîO CHANSONS

De l'olivier porter la branche Que Dieu m'a fait cueillir pour eux

LE CORBEAU

Ma colombe, ils te feront cuire Avec le bois de ce rameau.

De Satan l'homme est le jumeau, Et l'oiseau noir se prend à rire.

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