‹ Dernières chansons de P. J. de Béranger, de 1834 à 1851Chapitre 94 sur 101 · LA MAITRESSE DU ROI · texte numérisé non relu

LA MAITRESSE DU ROI

Air:

LA FILLE

Mère, dans sa riche voiture

Par six chevaux conduite au pas.

Quelle divine créature !

C'est notre reine; oui, n'est-ce pas?

LA MÈRE

Jamais la reine qu'on délaisse N'eut, ma fille, un luxe effronté.

Honte à cette folle beauté!

Du roi ce n'est que la maîtresse.

Ah! je voudrais, dit la fille à part soi, Devenir maîtresse d'un roi.

Bis.

DE BERÀNGER. 361

LA FILLE

Mère, vois briller sur sa tête L'or, les perles, les diamants.

À-t-elle donc, aux jours de fête, De pins splendides vêtements?

L A MÈRE

Malgré dentelles et panaches, Ses traits chez nous sont bien connus.

Elle a fui d'ici les pieds nus, Où, pauvre, elle gardait nos vaches.

Ah! je voudrais, dit la fille à part soi, Devenir maîtresse d'un roi.

LA FILLE

Oui survient? Dame belle et fière.

Son carrosse, au galop conduit, Jette à l'autre un flot de poussière, Et, l'accrochant, fait rire et fuit.

LA MERE

Rivale qu'un grand nom abrite, Cette dame, osant tout tenter,

Jusqu'au lit du roi veut monter Pour écraser la favorite.

Ah ! je voudrais, dit la fille à part soi, Devenir maîtresse d'un roi.

h A FILLE.

Le roi défend celle qu'il aime.

À cheval, un jeune seigneur Veille sur elle, et, beau lui-même, D'un doux regard quête l'honneur.

LA 5! ÈRE

Fils d'une race renommée, Il sait complaire, et va, dans peu, Obtenir ou le cordon bleu, Ou le plus haut rang dans l'armée.

Ah ! je voudrais, dit la fille à part soi, Devenir maîtresse d'un roi.

LA FILLE

On arrête; elle veut descendre.

S'avance un prêtre au noble aspect.

La main qu'elle daigne lui tendre, Mère, il la baise avec respect.

LA MÈRE

Pour être évêque, à cette ouaille Par lui que d'encens est offert; Par lui qui va parler d'enfer Au pécheur mourant sur la paille !

Ahî je voudrais, dit la fille à part soi, Devenir maîtresse d'un roi.

LA FILLE

Voilà que passe devant elle Une noce de villageois.

L'épousée en paraît moins belle; L'époux va rougir de son choix.

LA MÈRE

Non; ne crains rien. Dans leur cabane

La misère a trop bien compté

Les sueurs qu'au peuple ont coûté

Les vices de la courtisane.

Àh ! je voudrais, dit la fille à part soi, ]

Bis.

Devenir maîtresse d'un roi. )

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