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Mon cher Perrotis,
On ne saurait trop prendre de précautions, lin vous cédant tous mes droits sur mes chansons imprimées et publiées par vous (et je n'en reconnais pas d'antres que celles de l'édition tn-8). en vous cédant, dis-je, tous mes droits sur mes chansons aujourd'hui et à toujours, je vous ai également cédé la propriété des chansons que je pourrais faire jusqu’à l'époque de ma mort, quel qu’en pût être le nombre. Voilà déjà plusieurs années que, pour prix d’acquisition, vous me servez une rente de huit cents francs; celte rente viagère, vous avez voulu dernièrement la porter à douze cents francs : c’est le moins que moi, pour reconnaître tous vos bons procédés, je vous assure par tous les moyens la propriété non-seulement des chansons publiées, mais aussi des chansons que je fais encore de temps à autre.
Sur le cahier où je les écris, j'ai eu soin de mettre : Ce cahier appartient à M. Petrotin, conformement à racle passé sons seing privé entre lui et moi. Ainsi, à ma mort, vous n’aurez qu'à les réclamer, pour que ces chansons vous soient remises, de même que le peu de notes que j'ai pu faire sur les anciens volumes, notes intercalées dans un exemplaire de ma publication in-12. Mais, comme des papiers peuvent disparaître et se perdre, je veux, quant aux chansons manuscrites, prendre encore une autre précaution. Je vous remets donc une copie faite par moi de ces chansons nouvelles, et vous prie de les déposer entre les mains du notaire qui a votre confiance, et vous promets de vous envoyer celles que je pourrai faire par la suite pour les ajouter à ce premier dépôt, afin qu’elles attendent là l'é|>oquc de ma mort, bien détermine que je suis à n'en publier aucune désormais, ainsi que le porte la convention faite entre uous. Ayez donc bien soin, mon cher ami, de les tenir sous triple cachet, [mur que personne n’en puisse prendre connaissance. S’il me vient des corrections à y faire, je les consignerai sur le rallier qui reste dans mes mains et les joindrai par errata, aux envois subséquents que je vous adresserai.
Vous sentez que c’est dans votre seul intérêt et pour l’acquit de ma conscience que je prends tous ces soins qui ne me sont pas ordinaires. 11 est juste que je vous assure la propriété exclusive des chansons de ma vieillesse, qui n'auront peut-être d'autre mérite que de compléter les mémoires chantants de ma vie, mais qui auront au moins ce mérite.
Vous concevez que, dans l'impression, il ne faudra pas s'astreindre à l’ordre que j’établis ici. Si cela m'est [mssible, j'indiquerai dans quel ordre il faudra les publier.
Ce que je vous demande, c’est que, dans le cas improbable où vous viendriez à mourir avant moi, le dépôt que vous ferez chez le notaire me soit remis, sans rupture de cachet; vous promettant
ni
de mon cote de prendre Ions les arrangements nécessaires pour assurer à vos héritiers la propriété de ces chansons, il suffit, je crois, pour cela, que vous laissiez un mot de votre main qui ordonne que la remise du dépôt me soit faite. Cette remise est nécessaire pour que la publication liait pas lieu sans mon consentement, dans le cas où votre fortune tomberait dans les mains d’un mineur. Pardonuez-moi de penser ainsi à tout, même aux circonstances les plus pénibles; vous savez que cela est dans mon caractère. Vous en aurez la preuve à ma mort, car vous verrez que dans mon testament j'ai eu soin de faire mention de l'acte passé entre nous, qui vous donne la propriété de mes chansons imprimées et manuscrites.
Comme je pense que vous garderez cette lettre, je suis bien aise île vous y donner un témoignage de ma gratitude pour vos procédés à mon égard. Vous êtes venu à mon secours dans un moment bien dillici!c ; et je dois ajouter, pour ceux qui en ont été surpris, que si je 11'ai pas eu une plus grande part dans vos bénéfices, c’est que je n'ai pas jugé cela juste, sachant pour combien votre industrie a été dans le succès de la grande édition. J’ai été au reste bien récompensé de ma conduite par celle que vous avez tenue envers moi. Rcccvcz-cn mes remcrchncnls et l'assurance de toute mon amitié.
A vous de cœur,
Tours, 5 septembre 1858.
PRÉFACE
Foin
Voici les chansons de ma vieillesse : le nombre en augmentera peu, je crois, d’ici au jour de leur publication, qui n’aura lieu qu’après ma mort, si toutefois mon éditeur, dont elles sont la propriété, prévoit pour elles un favorable accueil. Je l’espère : ceux qui ont conservé mes autres volumes 11e seront sans doute pas lâchés de compléter une œuvre en vers devenue, d’année en année, de chanson en chanson, la peinture à peu près exacte de la vie entière de son auteur.
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En donnant mon cinquième volume, j’annonçai mon intention de 11e plus publier de vers. Malgré tout ce qu’ont pu me dire d’excellents amis, et môme plusieurs des oracles de notre littérature, dont la bienveillance m’a si souvent engagé à faire imprimer ce dernier volume, il ne m’a pas coûté do tenir parole et de le garder en portefeuille.
I)e bonne heure je me suis défendu du bruit, si contraire à mon humeur et à mes goûts. Certes, je n’aurais pas quitté tout à coup la carrière des lettres, s’il était donné à l’écrivain de faire deux parts de sa vie : au public scs ouvrages; à lui sa j)crsonne. J’aurais voulu pouvoir dire presque comme Sosie : Un moi se promène dans la rue, où on léchante, où on l’applaudit; et l’autre moi le voit et l’entend dosa fenêtre, sans être reconnu ni salué des passants. Mais cela 11’esl guère possible, quand on se fait le champion des intérêts populaires, à une époque où la politique passe chaque jour en revue ses bataillons et donne le besoin de se connaître aux soldats comme aux chefs.
Puis, nous vivons sous un régime de grande publicité : de ses immenses avantages doivent ré-
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suller quelques iucouvénieuts. Chacun prend droil, par exemple, d’imprimer vos lettres sans votre assentiment. On fait de mémoire, ou môme sans vous avoir vu, votre portrait et votre buste, pour les livrer en étalage aux regards des badauds. Enlin, avez-vous un journaliste pour ami, celui-ci, trouvant en vous matière à feuilletons, vous dépèce en colonnes et vous vend à tant la ligne. Si bien que la personne du pauvre auteur, sa vie intime, ses plus douces habitudes, arrivent en peu de temps à la connaissance des oisifs. Eût-on pris, comme je l’ai fait dès le commencement de ma réputation, la précaution d’éviter les spectacles, les réunions nombreuses, grâce à ces révélations multipliées, plus de promenades assez retirées pour n’y pas rencontrer quelque doigt indiscret qui vous désigne à des regards curieux : votre renom est depuis longtemps évanoui que le doigt perlide vous poursuit encore.
Après leur génie, ce que j’ai le plus envié aux grands écrivains du siècle de Louis XIV, c’est l’espèce d’obscurité dont put s’envelopper leur modeste existence; ne se faisant pas du bruit de leur
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nom un besoin de chaque instant, ils savaient vivre dans le silence qui chez nous succède si vite aux applaudissements. L’un d’eux, était-il mari ou père, voyait sans surprise sa femme et ses enfants ignorer jusqu’aux titres mêmes de ses ouvrages; la vie de plusieurs de ces grands hommes fut tellement obscure, qu’à peine a-t-il été possible de leur composer des notices historiques de plus de vingt lignes, au grand déplaisir des marchands de biographies.
Cette manière de voir, qu’on n’en fasse pas honneur à la philosophie : je ne la dois qu’à mon amour de l’indépendance. Elle fera comprendre qu’il y a eu du bonheur pour moi à cesser, depuis 1835, d’occuper de moi le public. A ce sujet et sous le rapport politique, quelques personnes m’ont blâmé, attaqué même; j’ai entendu traiter mon silence de félonie. Je ne sais si des gens qui n’avaient pu se faire acheter n’ont pas été jusqu’à dire que je m’étais vendu. A de si plaisantes accusations j’aurais rougi de répondre. Mais à la jeunesse qui m’a comblé de témoignages de sympathie, et dont la bienveillance enthousiaste
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eût volontiers considéré le silence du chansonnier comme Mirabeau celui de Sieyès, j’ai dû expliquer les motifs de ma conduite, et l'âge me fournissait déjà une excuse suffisante. Mes raisons se trouvent d’ailleurs exposées dans des correspondances particulières; je me contenterai d'en rapporter ici quelques-unes, en faisant observer (pie je vais parler uniquement de la chanson politique.
Certains hommes de vertu austère dussent-ils m’en savoir mauvais gré, je veux confesser d’abord que la divergence des opinions ne parvient |ias seule à effacer en moi d'anciennes affections, ni seule à m’empècher d’en éprouver de nouvelles. J’ai donc presque toujours eu, depuis 1850, des amis au banc des ministres, que leur nombreux entourage m’a empêché de fréquenter comme je le faisais au temps qui, pour eux et pour moi, fut le meilleur sans doute.
Je manquerais à un dev oir si je n’ajoutais que, devenus puissants, ces amis m’ont souvent aidé à rendre des services, moyen le plus sur de m’attacher par la reconnaissance. Ce sentiment, si naturel en moi, ne m’eût pourtant pas empêché
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d'attaquer les actes qui m’ont paru répréhensibles; t niais la difficulté eût été de refaire et de redire en chanson presque tout ce que j’avais dit et fait sous le dernier gouvernement. Nos hommes d’Etat ne se piquent guère d’invention et vivent de plagiats : les abus et les fautes se renouvellent, se succèdent et se perpétuent chez nous avec une merveilleuse facilité; aussi les sifflets s’usent-ils à la peine, et je défierais la plus heureuse imagination de suffire plus de quinze ans aux cadres, aux refrains, aux vers grands et petits que l’opposition attend d’un chansonnier. L’esprit le plus fécond n’a qu’un certain nombre de formes à appliquer à la pensée, qui est l’étoffe de tout le monde. Les miennes étaient épuisées ou peu s’en fallait : à de plus jeunes donc de tenter l’aventure.
Mais une raison non moins puissante m’a décidé au parti que j’ai cru devoir prendre.
La chanson politique est, sans doute, une arme redoutable, mais la pointe s’en émousse vite et ne se retrempe que dans le repos. Tous les moments ne lui sont pas également ons, et, pour qu’elle intervienne à point, il faut qu’elle ait à choisir
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entre deux camps bien distincts ou entra des passions fortes. La Ligue et la Fronde l’ont prouvé de reste. Après les noëls contre la cour de Louis XV et Louis XVI, au commencement de notre immortelle révolution, en présence des étrangers et du royalisme en armes, elle produisit des refrains de colère et de triomphe. Le Directoire ressembla trop à une anarchie, surtout vers sa fin, pour n’avoir pas été en butte à quelques-uns de ses traits. Avec toutes les factions, la chanson fut contrainte de se taire sous l’Empire, et elle ne put même alors être louangeuse sans un visa de la police. Les héros ne sont pas ceux qui la redoutent le moins. Voyez comment Turenne la traitait dans la personne de Bussy Rabutin, exilé plus lard par Louis XIV pour d’assez médiocres couplets. Ce n’est pas à moi de dire combien les deux règnes de la Restauration lui furent favorables, en dépit des juges et des geôliers. A la chute de la branche aînée des Bourbons, je prédis que la chanson arrivait à un temps tle repos.
En effet, bientôt les opinions diverses s’enhardissent à lever l’étendard de l’opposition, et se
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prêtent même une mutuelle assistance, ce qui est toujours une preuve de prétentions aventurées et de faibles convictions, au moins de la part des chefs. Aussi chaque parti ne tarde-t-il pas à se fractionner, et de l’impuissance qui eu résulte naît la déconsidération. Ajoutons que le peuple, instruit par le spectacle de nos mesquines et cupides ambitions, détrompé sur le compte de la plupart de ceux dont il s’était fait des idoles; le vrai peuple, celui pour qui et avec qui j'ai chanté, condamné à ne plus croire à rien, à ne plus aimer rien, se tient en dehors des évolutions de la politique, comme un jury impartial, appelé à prononcer souverainement un jour sur les longs débats de notre époque avocassière et cupide.
Dans un tel état de choses, où la chanson peutelle prendre son point d’appui? Qui peut-elle satisfaire? Comment former ce chorus général nécessaire à la propagation de ses refrains? A peine al-on daigné remarquer de jeunes taienlsqui se sont jetés dans celle mêlée avec provision de graves et de joyeux couplets. Malgré le mérite de leurs œuvres et de leurs efforts, aucun n’a obtenu les encou-
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rageinenls que les partis ont l'habitude de prodiguer à leurs coryphées: bonne fortune qui contribua Unit à ina réputation.
A ces causes de mon silence j’oserai ajouter une réflexion d’un ordre plus élevé.
Nous ne devons jamais l’oublier : la gloire de la France est d'avoir l'ait non-seulement une grande révolution politique, mais une immense révolution sociale. 8ü a créé de nouveaux éléments de civilisation, et leur coordination, jusqu'à présent trop négligée par nos gouvernants, copistes du passé, est devenue l’œuvre indispensable. Elle appelle plutôt, je le crois, le concours de la science et de la philosophie (j'entends la véritable philosophie, qui n’est ni la psychologie, ni l’idéologie, ni l’éclectisme, etc., etc.) que celui des belles-lettres et des beaux-arts. Ceux-ci doivent attendre que le grand problème soit résolu, c’est-à-dire que l’ordre dans l’égalité règne enfin, pour s’utiliser au service d’une phase nouvelle de civilisation. Quel accueil recevrait un chansonnier qui, sur des airs de ponts-neufs, réclamerait l’organisation de la démocratie, celle
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œuvre si imporlante qui resle toujours à faire et à laquelle les républicains mêmes ne semblent pas penser?
Le poêle erre aujourd’hui à l’aventure, au milieu des essais de constructions et des ruines amoncelées; qu’il abandonne donc l’arène aux doctes et aux sages qui viendront, s’ils ne sont déjà venus, ce que je n’ose affirmer par respect pour nos grands hommes d État. Cependant, si je ne me trompe, bien pénétré des besoins actuels, le poêle doit se réfugier dans l’avenir, pour indiquer le but aux générations qui sont en marche. Le rôle de prophète est assez beau, et M. de Lamartine me semble s’en être emparé, particulièrement dans Jocelyn, avec toute la supériorité du génie.
Cette réflexion et quelques autres, inutiles à rapporter, m’avaient donné l’idée d’entreprendre un ouvrage en prose pour l'éducation des classes laborieuses, afin d’utiliser ma vieillesse. J’y ai longtemps rêvé; malheureusement, ce n’est pas au déclin de la vie qu’on se fait un talent nouveau, et je ne puis concevoir d’œuvre écrite à la-
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i|uclle l’a ri soit étranger. C’est [tousser trop peu loin sans doute l’amour du bien public que de le subordonner à une si puérile vanité. Je m’en accuse ; qu’on pardonne à ma nature ainsi faite.
Dans un but moins utile, j’avais presque promis d’écrire des notices sur quelques-uns de mes contemporains, morts ou vivants. J’ai fait plus, j’ai essayé ce travail, et plusieurs biographies ont été à jxm près achevées.
Mais bientôt, frappé de l’impossibilité d’être toujours suffisamment instruit cl par conséquent toujours juste pour les hommes des différentes -opinions, soit en raison du pêle-mêle des documents, soit à cause des retours possibles dans des existences non achevées, soit enfin par la faiblesse qu’inspire au peintre son attachement pour quelques-uns de scs modèles, j’ai renoncé à celte tâche pénible et détruit mes premières ébauches. S’il est doux de casser des arrêts injustes en rectifiant des accusations erronées et trop sévères, combien n’y a-t-il pas à souffrir quand, pour être vrai, il faut diminuer du lustre d’une belle vie que la vertu ou une haute intelligence n’a pu
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préserver de toute faute; surtout si l’on est convaincu, comme je le suis, que détruire sans nécessité et au jour le jour les admirations du peuple, c’est travailler à sa démoralisation !
Renonçant donc au travail biographique, j'ai continué de chanter, mais rarement et pour moi seul. Si on s’occupe un jour de mes derniers vers, on y reconnaîtra l’homme qui, autrefois, osa entrer en lutte avec un pouvoir imposé par l’étranger; un peu modifié sans doute, mais aussi plus à l’aise dans celle liberté morale que la retraite seule peut procurer. Si les regards du public sont d’abord un encouragement pour l'écrivain, à la longue ils lui deviennent une gêne. Il semble qu’il y ait des engagements pris avec lui auxquels ce maître impérieux ne permet pas qu’on échappe. Vous a-t-il applaudi sous tel costume, ne vous avisez pas d’en changer, même pour être mieux : il feindra de ne pas vous reconnaître. Il m’a comblé de ses faveurs, et j’en suis reconnaissant; toutefois, comme chansonnier, ne voulant plus avoir affaire à lui qu’après ma mort, j’ai cru pouvoir me dégager un peu des formes rhythini-
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ques auxquelles je me soumettais constamment pour lui plaire, et dans l’intérêt de la cause que j’ai défendue. On s’en apercevra à l’absence d’un choix d’airs pour beaucoup de ces dernières chansons, ce qui ne m’a pas empêché de me les chauler souvent sur des airs improvisés, d’une voix chevrotante. Surtout on remarquera que j’ai fait moins usage du refrain obligé, dont jusque-là je n’avais osé m’affranchir, ayant observé que, sans ce retour des mêmes paroles, la chanson avait moins d’empire sur l’oreille et sur l’esprit des auditeurs. Combien de peine, bon Dieu! le refrain ne m’a-t-il pas donnée! Combien de nuits passées à ramer pour venir rattacher à cet immobile poteau ma pauvre nacelle, qui n’eût pas demandé mieux que de voguer en liberté au gré de tous les vents! Je dois le reconnaître pourtant: si j’ai eu à souffrir de celte servitude, elle n’a pas été sans avantage pour moi. Avec raison j’ai dit du refrain qu’il était le frère de la rime : comme elle, il m'a forcé à résumer mes idées d’une manière plus succincte et à mieux en approfondir l’expression.
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Ces courtes observations prouveront que, plein de respect pour le public, j’ai toujours cherché à lui complaire, me livrant pour cela au travail le plus consciencieux. Dans les chansons de ma vieillesse, il pourra se convaincre qu’au moins, sous ce rapport, l’Age ne m’a rien fait négliger.
Ce n’est, certes, pas moi qui aurais deviné a* qu'on appelle aujourd’hui la littérature facile, ennemie mortelle de cette autre littérature qui lit le charme de ma vie et fut si longtemps l’orgueil de la Fiance.
Septembre 1842.