‹ Dernières chansons de P. J. de Béranger (volume 2)Chapitre 12 sur 97 · A LA GRENAD1ÈRE, PRÈS DE TOURS · texte numérisé non relu

A LA GRENAD1ÈRE, PRÈS DE TOURS

Aut :

Avec Dieu bien souvent je cause;

Il m'écoute, et, dans sa bonté,

Me répond toujours quelque chose, Qui toujours me rend la gaieté.

Bien triste, un jour, j’ose lui dire:

Je vois poindre mes soixante ans.

Des vers en moi le souffle expire :

De quelles fleurs parer le temps?

Le vin rallume en nous la joie;

Mais, bien que Dieu nous l’ait permis,

Que faire du peu qu’il m’envoie, Loin de tous mes bons vieux amis?

Plus d’amour dans l’hiver de l'âge.

Mon cœur en vains soupirs se fond; C’est le poisson qui toujours nage Sous les glaces d’un lac profond.

Pour tes chants sérieux ou lestes Crains l’oubli, m'a-t-on répété; Travaille et prépare à tes restes Un parfum d'immortalité.

Mais je n’ai plus goût à l’éloge; Plus de voix pour rien chansonner.

S’il fait encor marcher l’horloge, Le Temps ne la fait plus sonner.

Oui, le repos sur ce rivage,

Voilà mon lot. Mais que le ciel M’accorde un des plaisirs du sage:

Au pauvre ermite un peu de miel !

Dieu bon, avec toi ma tendresse De tout mot pompeux se défend ; Dieu bon, pitié pour ma faiblesse!

Donne un jouet au vieil enfant.

J’ai dit; soudain je vois éclore Des fleurs, et ces fleurs fourmiller, Où tous les brillants de l'aurore, S'enchâssant, viennent scintiller.

Sous ma main un râteau se place, Le sol s’enrichit de présents.

De ce coin Dieu veut que je fasse Le paradis de mes vieux ans.

Arbres et fleurs, prodiguez vite L’ombre et les parfums dans ce lieu.

Oiselets, qu’une feuille abrite, Célébrez la bonté de Dieu.

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