‹ Dernières chansons de P. J. de Béranger (volume 2)Chapitre 28 sur 97 · L’OFFICIER · texte numérisé non relu

L’OFFICIER

Am .

Voilà les hussards; viens, Rosette:

Devant la porte ils vont passer.

Ma sœur, viens; j’entends la trompette; Tiens ! tiens ! les vois-tu s’avancer?

Combien de brillants jeunes hommes !

Qu’ils laissent d'amours à Paris!

Nous, paysannes que nous sommes, N’aurons point de si beaux maris!

Devant Rose, brune élancée,

Un jeune officier passe alors :

— Amis, voilà ma fiancée; Comptez, dit-il, tous ses trésors :

OEil vif, teint rosé, fine taille.

Oui, dans un an, à pareil jour,

Je l’épouse, si la mitraille Permet de vivre à mon amour.

Ces mots d’un fou, dits au passage, Tu les entends, car lu rougis,

Rose; et, sans rien voir davantage, Tu rentres rêveuse au logis.

Depuis, Rose à part soi répète Ces mots qui lui semblent si doux ; Et, chaque soir, sur sa couchette, Pour l’officier prie à genoux.

Un an de rêves ainsi passe.

Le jour qu'il fixa brille enfin.

L’aube entrevoit Rose qui lace Pour lui son corset le plus fin.

N’entend-on pas quelque bruit d'armes?

Elle écoute, sort, rentre, sort;

Attend, attend, et, toute en larmes,

A minuit s'écrie : Il est mort !

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