LES 1501S
Am :
Je crains la Coule qui se presse ;
Je tremble à ses milliers de voix. Une fée a, dès ma jeunesse,
Conduit mes rêves dans les bois.
Là mon cœur, pris de peine amère, A l'espérance était rendu,
Comme un oiselet que sa mère Reporte au nid qu’il a perdu.
Sous nos toits mon âme étouffée, Hors de Paris cherchant de l’air,
A Mcudon reçut d’une fée,
Moi jeune encore, un don bien cher.
DE BÉRANGElt. 151
Pauvre et brûlé de longues fièvres,
A l'ombre j’y rêvais un jour,
Quand la fée humecta mes lèvres De chants de plaisir et d'amour.
Fontainebleau, forêt splendide,
Que je fus riche en parcourant Avec ma fée au vol rapide De tes rois l’ombrage odorant!
Aux princes la cour et ses pompes ; Mais ces bois, à qui donc? — Au roi.
— Au roi ! Non, garde, tu te trompes :
Tous ces beaux arbres sont à moi.
Boulogne, au déclin de mon âge, Je viens revoir tes verts abris.
Victime de plus d’un orage,
De vains regrets je m’y nourris.
Vers moi la fée accourt encore;
A mes maux elle ôte leur fiel,
Et fait briller comme l’aurore Dans mes pleurs un rayon du ciel.
Je viens te consoler, dit-elle;
Forme un souhait, fùt-il d'amour.
— C’est le sommeil, chère immortelle, Qu’on demande au soir d’un long jour.
— Voudrais-tu que je t’enrichisse?
— Non; l’ennui pourrait m’assaillir.
— Veux-tu que je te rajeunisse?
— Non ; je craindrais trop de vieillir.
Je veux un tout petit domaine Pour y planter de beaux couverts ;
Pour qu’un vieil ami s'v promène A l’ombre, en me lisant ses vers.
Jusqu’au ciel mes arbres atteignent Bien vite; et, dans leurs gais penchants, Mille oiseaux, chaque jour, m’enseignent Comment meurt le bruit de nos chants.
A mes vœux elle va se rendre ;
Je l'arrête. O rêve insensé!
Sais-je si j'ai le temps d’attendre Qu’un rosier même soit poussé !
DE BÉRANGER. lî>3
Ces bois m’offrent un dernier gîte.
Au vieillard, las de son fardeau,
Sous ce tremble qu'un souffle agile,
Bonne fée, élève un tombeau.
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