‹ Dernières chansons de P. J. de Béranger (volume 2)Chapitre 4 sur 97 · LES CHANSONNETTES · texte numérisé non relu

LES CHANSONNETTES

A RRAZIER

MU N vomi A PAS-SV ET MON ANCIEN COLLÈGUE AU CAVEAU , QUI , EN M*KNVOYANT SON RECUEIL, X A ADRESSE UNE FORT JOLIE CUANSON *

Am : Ainsi jadis un grand prophète.

Brazier, grand merci de ton livre, De nos beaux jours gai souvenir.

Quoique un peu las déjà de vivre, Je te chante pour rajeunir.

* Depuis que cette chanson est faite, Brazier a cessé de vivre : il était moins âgé que moi. C'est un des vaudevillistes qui ont obtenu le plus de succès au tliéàtre, et Désaugiers le regardait connue celui de tous qui faisait le mieux les couplets de pièces. Chansonnier sans travail, mais aussi sans prétention, il était remarquable par un talent d'allure vive et gaie. Brazier méritait d'être aimé. Incapable d'envie, il rendait justice même à ceux qu'il se voyait préférer. Les opinions légitimistes, qu'il avait cru devoir adopter, ne le rendaient ni servile ni intolérant, ce qu'on ne pourrait pas dire de tous ses confrères du Caveau.

Que de soupers! Que d’amourettes!

Que de vrais amis à vingt ans!

C’est là le temps des chansonnettes.

Oh! le bon temps! oh! le bon temps!

Des airs que module une amie,

A vingt ans, naît plus d’un refrain.

Nos vers narguent l'Académie,

Nos plaisirs tout censeur chagrin.

La montre d'or paiera nos dettes ;

Que sert de compter les instants?

C’est là le temps des chansonnettes.

Oh! le bon temps! oh! le bon temps!

Chauve déjà, mais jeune encore*,

Je me vois admis au Caveau.

Là lu fais d’une voix sonore Applaudir maint couplet nouveau.

Moi, j'y chante un hymne aux grisettes, Porte-bonheur de mon printemps.

* J'avais trente-trois ans.

Vive le temps des chansonnettes !

Oh! le bon temps! oh! le bon temps!

Je vois encor régner à labl e

Désaugiers, notre maître à tous;

Bon convive si regrettable,

Trop fou des rois, mais roi des fous.

Coulez, bons vins, sautez, fillettes,

A sa voix que toujours j’entends.

Vive le temps des chansonnettes !

Oh! le bon temps! oh! le bon temps!

Moi, depuis, aux vieilles pagodes J’adressai de vertes leçons.

Si l’on dit que j’ai fait des odes,

N’en crois rien : j'ai fait des chansons.

Est-ce leur faute, les pauvrettes,

Si leur père avait cinquante ans?

Adieu le temps des chansonnettes!

Oh ! le bon temps ! oh ! le bon temps !

. Voisin, l'hiver n’ose t’atteindre:

Ton recueil charmant en fait foi.

Ma gaieté, qu’un rien vient éteindre, Trouve à se rallumer chez loi.

Oui, grâce à ta muse en goguettes, Grâce à tes refrains si chantants,

Je rêve au temps des chansonnettes.

Oh! le bon temps! oh! le bon temps!

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