‹ Dernières chansons de P. J. de Béranger (volume 2)Chapitre 59 sur 97 · LE ROSIER · texte numérisé non relu

LE ROSIER

Air :

Toi dans ce lieu, toi dans la porcelaine !

Que je te plains, joli rosier!

Cette salle pompeuse est pleine D'un monde envieux et grossier Qui te souille de son haleine :

C’est le palais d'un financier.

Que je te plains, joli rosier!

Ici naguère apporté du village,

De l’or tu subis le pouvoir.

Ce banquier veut qu’à son passage Pour lui tu fleurisses ce soir.

De ton parfum fais-lui l’hommage, Comme au Très-Haut fait l’encensoir.

De l’or tu subis le pouvoir.

Sous ce grand lustre à la flamme irisée,

Arbuste aimé, tu vas mourir.

Plaint-il, ce juif, àme blasée,

Ceux que son faste fait souffrir?

Privé d’air pur et de rosée,

Ah ! n’espère pas l'attendrir.

Arbuste aimé, lu vas mourir.

Mais près de toi passe un jeune poète, Dans ce palais resplendissant;

Il courbe aussi sa noble tète Devant le riche tout-puissant.

Des fièvres d'or de cette fête Il est saisi rien qu’en passant, Dans ce palais resplendissant.

Ainsi que toi ce séjour l’empoisonne.

Dieu vous rende à son beau soleil !

Le luxe qui vous environne Va flétrir, en un temps pareil,

El sa poétique couronne Et ton diadème vermeil.

Dieu vous rende à son beau soleil !

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