‹ Dernières chansons de P. J. de Béranger (volume 2)Chapitre 61 sur 97 · MON CARNAVAL · texte numérisé non relu

MON CARNAVAL

V AN Tl ER

Air :

Tandis qu’aimable el gai convive, Tu règnes dans plus d’un repas, Anlier, il faut que je t’écrive Comment je fête les jours gras.

Seul, entre ma lampe el ma chatte, Vieux rêveur, je vois sous mes yeux Des temps d'où notre amitié date Passer le fantôme joyeux.

A jours pareils, notre jeunesse, S’affublant d’habits les plus fous, S’écriait : Joie, amour, ivresse, Nous ont faits dieux; imitez-uous.

Mais pourquoi d’un carton fantasque Prenions-nous le voile importun?

A des fronts si gais point de masque :

C'est au vieillard qu'il en faut un.

Te rappelles-tu nos soirées?

Le champagne à crédit moussant?

Les belles robes déchirées?

Le rire au loin retentissant?

Quels chants! quels cris! C’était merveilles De nous voir traiter, chaque nuit,

Les plaisirs comme des abeilles Qu’on arrête à force de bruit.

Souvenir cher à mes pensées!

Grâce à la fraîcheur qu’il leur rend, Je souris aux heures passées,

Je m'arrange du jour mourant.

Pur de haine et d'hypocrisie,

Devant le bien, cherchant le beau,

Je sème un peu de poésie

Sur les marches de mon tombeau.

Cher ami, loin que je me gronde D’avoir tant chanté le plaisir,

Quand je finirai pour ce monde,

Je n’y laisserai qu'un désir:

C’est qu’à la saison printanière, D’heureux enfants, au teint vermeil, Viennent, où dormira ma bière,

Sur les fleurs danser au soleil.

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