NOTRE GLOBE
A ib :
Mais qu’esl-ce enfin que la sphère où nous sommes? Un vieux vvaggon qui peut, en fendant l'air,
Sortir du rail, au nez des astronomes,
Et nous verser sur son chemin de fer.
Que de convois à puissance attractive Semblent là-haut comme nous se mouvoir!
De ces waggons ce que je voudrais voir,
C’est la locomotive.
Notre planète eut une enfance étrange:
DulTon l’a dit; Cuvier l’a constaté.
Un peu de feu, qu’enserre un peu de fange, Donna naissance à ce inonde encroûté.
Sur l’embryon la mer jelant sa robe,
De sa vermine assez mal le purgea.
L’homme vint tard; et moi, je crains déjà De voir périr ce globe.
Passé, dis-moi, criai-je au bord d’un gouffre, Combien de temps a roulé suspendu Ce point où l’homme en passant pleure et souffre? Et des anciens l’histoire a répondu.
Mais quelle foi peut retrouver sa roule Sous les débris de leurs dogmes nombreux?
Perses, Hindous, Grecs, Égyptiens, Hébreux, Nous ont légué le doute.
Le doute est froid, quelque part qu’on s’y loge. Pour m’en tirer invoquons l'avenir.
Un nouveau Christ passe, et je l'interroge:
« Maître, ce monde un jour doit-il finir?
« — Jamais, dit-il. Vive notre planète,
« Dont ma Triade éternise le cours ! »
A ses croyants ainsi répond toujours Ce Messie en goguette.
2ÔX
Si le passé n'a point d’écho fidèle;
Si l’avenir est muet et voilé,
Présent, dis-moi, notre terre doit-elle Kaire faux bond à l'empire étoilé?
Mais du passé près de franchir la porte, Ce nain chétif, que l’avenir poursuit,
N’a pas le temps de me répondre, et fuit En disant: Que m’importe!
Dieu voit la lin de tout ce qu'il fait naître.
Le monde est né, le inonde doit mourir.
Quand? Ah! dit l’un, avant demain peut-être.
L’autre lui donne un long temps à courir.
Tandis qu’ainsi sur l’époque assignée Nous discutons, plus ou moins nous trompant, Vu bout d’un fil le monde est là qui pend Comme un nid d’araignée.
DK BÉRANGER.