‹ Dernières chansons de P. J. de Béranger (volume 3)Chapitre 3 sur 97 · UN ANGE · texte numérisé non relu

UN ANGE

AiB :

D'où nait cette pure auréole Dont les rayons frappent mes yeux?

C'est un ange, un ange qui vole Entre mon front chauve et les cieux.

Comme un doux luth sa voix m'attire, Et ses cheveux longs et flottants Embaument l'air que je respire Des plus doux parfums du printemps.

Oui, c'est un ange; car mes rides Feraient fuir la simple beauté Qui lirait dans mes yeux humides Des souvenirs de volupté.

Mais l'ange aux grâces innocenter, I Presque heureux d'être venu tard ,

Sourit quand ses mains caressantes Réchauffent les mains du Tieillard.

Cet ange écarte d'un coup d'aile Les songes noirs qui m*étreignaient ; II serait mon guide fidèle Si mes faibles yeux s'éteignaient.

Au but de ma course éphémère Qu'enfin j'arrive harassé, Comme un nouveau-né par ^a mère, Sur son sein je mourrai bercé.

Mais de mourir pourquoi parlé-je, Quand pour vivre il me tend la main?

Son souffle a fait fondre la neige Qui cachait les fleurs du chemin.

Et pour ma soif, dans le voyage, De ses lèvres coulent toujours Des baisers plus doux qu'au jeune âge Ne m'en prodiguaient les amours.

J'en suis donc sûr, il est des anges Qui, vers nous prenant leur essor,

Au pauvre enfant donnent des langes, A la pauvre mère un peu d'or.

Vous, leur sœur, d'une âme ravie Agréez le culte pieux ; Qu'avec vous j'achève la vie, Qu'avec vous je remonte aux cieux.

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