‹ Dernières chansons de P. J. de Béranger (volume 3)Chapitre 32 sur 97 · LE CHASSEUR · texte numérisé non relu

LE CHASSEUR

Petits oiseaux, que j'aime entendre Vos concerts dans ces houx épais!

Votre chanson, joyeuse ou tendre, Est pour mon cœur l'hymne de paix.

Hais craignez les lacs qu'on peut tendre :

Le bonheur fait tant de jaloux!

Taisez-Tous, oiseaux, taisez-vous.

Vient un chasseur; son pas redouble.

Malgré ses chiens, point de gibier.

S'il allait de son fusil double, Faute de mieux, tous foudroyer.

Âh I maudit soit l'homme qui trouble L'écho que vous rendez si doux.

Taisez-TOus, oiseaux, taisez-vous.

DE BÉRANGER. i41

Rien n'arrête des mains cruelles.

Las! J'ai vu des chasseurs, un jour, Abattre au vol deux hirondelles Dont je saluais le retour.

Vos chansons attendriront-elles L^enfant qui s'arme de cailloux?

Taisez-vous, oiseaux, taisez- vous.

Charmants oiseaux, connaissez Thomme.

Qu'il soit boucher, soldat, chasseur.

Il fusille, il sabre, il assomme.

Et trouve au sang de la douceur.

IjCs moins cruels sont ceux qu'on nomme Bourreaux; soit dit bien entre nous.

Taisez-vous, oiseaux, taisez-vous.

Bon Dieu! c'est le chasseur qui tire!

Il blesse à l'aile une perdrix.

Son chien la prend; pauvre martyre!

Le chasseur, que gênent ses cris.

Lui brise la tête ; elle expire.

Ce soir il médira des loups.

Taisez-vous, oiseaux, taisez-vous.

Il s'éloigne. Son ceil avide

Voit un chevreuil au bord du bois.

 l'abri de l'arme perfide,

Laissez éclater votre voii.

Hais si demain, lecarniervide,

I! passe eocor près de ces houx,

Taisez-vous, oiseaux, taisez-vous.

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