‹ Dernières chansons de P. J. de Béranger (volume 3)Chapitre 34 sur 97 · LA SIRÈNE · texte numérisé non relu

LA SIRÈNE

Air :

Les flots sommeillent au rivage ; Au ciel brille un beau soir d^été.

Plus de bruit, tout dort sur la plage, Le vent, le travail, la gaieté.

Du sein de l'onde un mot surnage, Mot que la nuit fera redire au jour :

Amour! amour! Bis.

Qui dit ce mot? C'est la Sirène Guettant sa proie au bord des eaux.

Malheur à celui qu'elle entraîne Jusqu'à sa couche de roseaux !

Déjà, pas à pas, sur l'arène.

D'elle s'approche un bel adolescent , En rougissant.

us CHANSONS

Accours, dit-elle, amour me presse ; Pour tous les cœurs j'ai des échos.

A moi d'enhardir la jeunesse; Je te soutiendrai sur les flots.

Échappe au mors de la sagesse.

Qui ceint le front de ses enfants blafards De ncnufars.

L'Amour fait scintiller les ondes

Où nous folâtrons sans souci.

Combien, dans nos grottes profondes, Tombent, qui nous disent : Merci!

C'est dans le plus joyeux des mondes Que va te luire un étemel été De volupté.

Goûte aux plaisirs qu'on nous envie ; Caresse mon sein palpitant; Chez vous quelle âme est assouvie?

Vos feux n'échauffent qu'un instant.

La vie, enfant, la douce vie N'est parmi nous, qui savons l'attiser, Qu'un long baiser.

L'adolescent plonge dans Tonde.

Qui Ta revu? Nul depuis lors.

Mais qu*au soir la Sirène immonde Chante encor Tamour sur nos bords, Une voix, qui n'est plus du monde.

Crie aux passants, saisis, tremblants d^cffroi : Priez pour moi. Bis.

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