L'ARGENT
A UN Alll
Air :
Ami, Viens à mon aide; Prête-moi cinq cents francs.
L'argent, quel sûr remède Aux maux petits et grands!
En ville et sous le chaume Trois fois heureux celui Qui prodigue ce baume Aux souffrances d'autrui !
L'argent ferait ma joie; On ne le croirait pas ; Car l'honneur dans sa voie M'a guidé pas à pas. .
18i CHANSONS
Souvent, près d'un tel maître, J'ai cru voir en chemin Le bonheur m'apparaitre, Une bourse à la main.
Qui n'est pas égoïste De l'argent sent le prix.
Dans son orgueil si triste Jean-Jacque en fait mépris.
Moi, je bénis la source Qui, traversant mon sol, Désaltère en sa course Colombe et rossignol.
Que coûtent ces richesses?
On me répond tout bas :
Un crime ou des bassesses.
Prince, je n'en veux pas.
Non ; l'argent, quoi qu'on dise, N'est point lave d'enfer :
C'est bonne marchandise ; Hais on le vend trop cher.
De prix, un jour, s'il baisse, A Dieu plaise ordonner Qu'enfin je me repaisse De millions à donner.
Les sots, dont j'aime à rire, Verront si je m'entends A faire la satire Des riches de mon temps.
Dieu n'en voulant rien faire, Ami, sois mon banquier.
Aux écus je préfère Le commode papier ; Ce doux papier de soie Qu'hélas I trop peu souvent La fortune m'envoie, Et qu'emporte le vent.