‹ Dernières chansons de P. J. de Béranger (volume 3)Chapitre 65 sur 97 · A UN BARON DE L'EMPIRE · texte numérisé non relu

A UN BARON DE L'EMPIRE

An

Vous, ûer baron, qui rampiez dans un temps Fécond en lois, en travaux, en batailles, Combien d^honneurs vous devez aux trente ans Qui de TEmpire ont vu les funérailles !

L'aigle a légué la France aux étourneaux :

Pour un Gérard que de **!

* Pendant tout le règne de Napoléon, son patron fat substitué, sur le calendrier, à saint Roch, q[ui, depuis la Restauration, a repris sa place au 16 août.

Les prêtres composèrent k grand'peine une courte légende au saint impérial, dont le nom même n'avait, jusque-Ui, paru que dans les TÎeiDes chroniques italiennes.

** Plusieurs de nos généraux ont illustré le nom de Gérard, mais au-

Un homme né pour s'élever aux cieux Se montre-t-il, lous les nains qui l'approchent Sur ce géant se guindent de leur mieux ; À ses habits, à ses bottes s'accrochent.

A peine il voit ces avortons, qu'il rend Fiers de sa taille, et qu'il porte en courant.

Heureux baron, un jour il vous parla.

Sers-moi, dit-il. Et d'un signe il ajoute :

Viens; vous venez. Va là; vous allez là.

Mais il perdit sceptre et valets en route.

Tout, depuis lors, vous fut prospère au point, Qu'un roi, sans vous, régnerait mal ou point.

De vos débuts ne rougissez pas trop ; Chacun en cour passe à cette filière.

Notre empereur, créateur au galop, Quand son crachat fécondait la poussière, Fit pour un saint, dans le ciel pris d'assaut, Ce qu'ici-bas il fit pour plus d'un sot.

cun autant que le maréchal, dont les vertus, le patriotisme et les taleuU peuvent se passer d'éloges, tant son nom éveille d'honorables sympathies.

Oui, son patron, Tieux défunt peu connu.

Au Paradis végétait sans prébende.

De tout rayon lui voyant le front nu, Les saints criaient au saint de contrebande : D'où nous vient-il? Qui Ta canonisé?

Nous parierions qu'il n'est pas baptisé.

Un pape intrus, disaient de bons voisins, L'aura tiré des carrières de Rome, De faux martyrs éternels magasins.

Chassons ce gueux ! Et contre le pauvre homme Monsieur saint Roch court exciter son chien.

Tant les heureux ont le cœur peu chrétien.

Mais jusqu'au ciel, d'Austerlitz, d'Iéna, Montent les bruits et les ordres du pape.

Vite on accorde au saint que l'on berna Fleurs, auréole et triple part d'agape.

Tout lui sourit; par une bulle ad hoc^ De l'almanach son nom bannit saint Roch.

Plus que Louis il a des airs de roi,

Dit le public, public de saints et d'anges

Qui tient de nous : la fortune y fait loi.

Et le bon saint , qui se gonfle aux louanges, Perdant bientôt le peu qu'il a de sens, Voudrait à Dieu voler sa part d'encens.

Barons ou ducs, c'est votre histoire à tous.

Napoléon d'un saint de pacotille

Fait un grand saint; fait des rois, fait des fous.

Gave des sots qu'il prend à la coquille,

Et tombe enfin. Messieurs^ sur son rocher,

C'est vous d'abord qu'il dut se reprocher.

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