Dernières chansons de P.-J. de Béranger
Voici les chansons de ma vieillesse : le iiomhic en augmentera peu, je crois, d’ici au jour de leur publi- ^ cation, qui n’aura lieu qu'après ma mort, si toutefois .^mon éditeui', dont elles sont la propriété, prévoit pour elles un favorable accueil. Je l’espère : ceux qui oui \ conservé mes autres volumes ne seront sans doute pas iNl'àcbés de compléter une œuvre eu vers devenue, d’an- \) née en année, de chanson en chanson, la peinture à ) peu près exacte de la vie entière de sou auteur.
^ Kn donnant mon cinquième volume *, j’annonçai
Les cinq volumes dont parle Bériui'çer soin les publications ic 181.5, 1821, 1825, 1828, 1835. [Sole de VÉdileur.)
l'ÜIFA r.K.
iiioii intfiUioii (le ne plus publier de vers. Malgré tout ce, (pi’oiil pu me dire d’exeelleiits amis, el même |duvieiirs des oracles de noire litlcralure, dont la bienveillance m’a si sonveni engagé à faire imprimer ee dernier volume, il ne m’a pas coûté de tenir parole et de . le garder en |Kn tereiiille.
Itc lH)ime beun! je me suis détendu dn bruit, si contraire à mon Imnuair et à mes goûts. Celles, je Il aurais pas quitté tout à coup la carrière des IctIre.s, s’il était donné à l’écrivain d(> faire deux pai1s de sa \ic ; au public ses ouvrages; à lui sa personne, .l'aurais voulu ponvoirdire prcsipic comme Sosie ; I n moi SC promène dans la rue, on on le cbanle, on on l’apjilaudit; cl l’antre ?Ho/ le voit et l'entend de si Icnèlrc. 'ans être reconnu ni salué des passmts. Mais cela n’esi guère possible, (piand on se fait le cbampion des intérêts populaires, à une épespK' où- la |Militi(|iie pa.'sc ( baqne jour en revue ses bataillons et donne le besoin de se connaîire aux soldats comme aux eliefs.
Puis, nous vivons sons un régime de grande publicité : de ses immenses avantages doivent ivsnller ipiclques iiKonvénients. Cliacim prend droit, par e.xemplc, d’imprimer vos lellxes sans votre assentimenl. On l’ail de mémoire, on même sans vous avoir vu, votre isirirait et votre buste, |Kmr les livrer en étalage ;m\ regards des badauds. Enfin, avcx-vons un jonrnalisie |K)m anii, celui-ci, trouvant en vous malière à fenillelons, vous dépèce en colonnes et vous vend à tant la ligne. Si bien que la personne du pauvre auteur, sa vie
l'HKKACE.
intinifi, ses plus douces habitudes, arrivent en peu de temps à la connaissance des oisifs. Eùt-on pris, comme je l'ai fait dès le commencement de ma réputation, la précaution d’éviter les spectacles, les réunions noinbrenses, grâce à ces révélations mnltipliées, plus de promenades assez retirées pour n’y pas rencontrei- (juebjue doigt indiscret qui vous désigne à des regards curieux : votre renom est depuis longtemps évanoui •jue le doigt perfide vous poui’suit encore.
■\près leur génie, ce que j’ai le plus envié aux grands écrivains du siècle de Louis .\IV, c’est l’espèce d’obscurité dont put s’envelopper leur modeste existence ; ne se faisant pas du bniit de leur nom un besoin de chaque instant, ils savaient vivre dans le silence qui chez nous succède si vite aux applaudissements. L’un d’eux, était-il mari ou père, voyait sans simprise sa femme et ses enfants ignorer jusqu’aux titres de .ses ouvrages; la ne de plusieurs de ces grands hommes fut tellement obscure, qu’à peine a-t-il été possible de leur composer des notices historiques de plus de vingt lignes, au grand déplaisir des marchands de biographies.
Cette manière de voir, qu’on n’en fasse pas honneur à la philosophie ; je ne la dois qu’à mon amour de l’indépendance. Elle fera comprendre qu’il y a eu du lionheur pour moi à cesser, depuis 1 855, d’occuper de moi le public. A ce sujet, et sous le rap|)oi1 jKilitique, quelques personnes m’ont Idàmé, atlacpié même ; j’ai entendu traiter mon silence de félonie. ,le ne siiis si des gens qui n’avaient pu se faire acheter u’onl pas été
l' Il fl' AC K.
jusqu’à dire «lue je lu’élais vendu. A de si plaisaiiles accusations j’auiius rougi de répondre. Mais à la jeunesse qui m’a œiublé de (émoignages de syinpatliie, el dont la bieuveilhuice eutbousiasle eût volonfiei-s considéré le silence du cbansonnier comme Mirabeau celui de. Sieyès, j’ai dû e.vpliquer les motifs de ma conduite, et l’àgc me fournissait déjà une excuse suffisante. Mes liiisons se trouvent d’ailleurs exposées dans des correspondances particulières; je me contenterai d’en apporter ici quelques-unes, en faisant observer que je vais parler uniquement de la cbanson politique.
Certains bommes de vertu austère dussent-ils m’eu .savoir mauvais gré, je veux confesser d’abord que la divergence des opinions ne parvient pas seule à effacer eu moi d’anciennes affections, ni seule à m’empècbeid’en éprouver de nouvelles. J’ai doue presque toujours eu, depuis 1830, des amis au banc des ministres, que leur nombreux entourage m’a cmpêcbé de fréquenlei connue je le faisais au temps qui, pour eux et [K)ur moi, fut le meilleur sans doute
Je manquerais à un devoir si je n’ajoutais que, devenus puissants, ces amis m’ont souvent aidé à rendre des services, moyen le plus sûr de m’attacber par la reconnaissance. Ce sentiment, si naturel en moi, ne m’eût pourtant pas empêché d’attaquer les actes qui m’ont pani l épréhcnsibles ; mais la difficulté eût été de refaire et de redire eu cbanson presque tout ce que j’avais dit et fait sous le dernier gouveniement. Nos bommes d’État ne se piquent guère d’invention et vi-
PRÉFACE
vent de plagiats : les abus et les fautes se renouvellent, se succèdent et se perpétuent cliez nous avec une merveilleuse facilité ; aussi les sifflets s’usent-ils à la peine, et je défierais la plus heureuse imagination de suflire plus de quinze ans aux cadres, aux refrains, aux vers grands et petits que l’opposition attend d’un chansonnier. L’esprit le plus fécond n’a qu’un certain nombre de formes à appliquer à la pensée, qui est l’étoffe de tout le monde. Les miennes étaient épuisées, ou peu s’en fallait ; à de plus jeunes donc de tenter l’avenlure.
Mais nue raison non moins puissante m’a décidé au pai ti que j’ai ci-u devoir prendre.
La chanson politique est, sans doute, une arme redoutable, mais la pointe s’en émousse vite et ne se re- Ireinpe que dans le repos. Tous les moments ne lui .sont pas également bons, et, pour qu’elle intervienne à point, il faut qu’elle ail à choisir entre deux camps bien distincts ou entre des passions fortes. La Ligue et la Fronde l’ont prouvé de reste. Après les uoèls contre la cour de Louis XV et Louis XVI, au commencement de notre immortelle Révolution, en présence des étrangers et du royalisme en armes, elle produisit des refrains de colère et de triomphe. Le Directoire ressembla trop ànne iuiarchie, surtout vers sa fin, pour n’avoir pas été en bulle à (pielques-uns de ses traits. Avec toutes les factions, la chanson fut contrainte de se taire sous l’Empire, et elle ne put même alors cire louangeuse sans \in vixa de la police. Les héros ne sont pas ceux qui
PRÉFACE
la redoulenl le moins. Voyez comment Turenne la traitait dans la personne de Bussy- Rabutin, exilé plus tani par Louis XIV pour d’assez médiocres couplets. Ce n’est ps à moi de dire combien les deux règnes de la Restauration lui furent favorables, en dépit des juges et des geôliers. A la chute de la branche aînée des Bourbons, je prédis que la chanson arrivait à mi temps de repos.
En effet, bientôt les opinions diverses s’enhardissent à lever l’étendard de l’opposition et se prêtent même une mutuelle assistance, ce qui est toujours une preuve de prétentions aventurées et de faibles convictions, au moins de la part des chefs. Aussi chaque prti ne taidet-il ps à se fractionner, et de l’impuissance qui en résulte naît la déconsidération. Ajoutons que le peuple, instruit par le spectacle de nos mesquines ambitions, détrompé sur le conjpte de la plupart de ceux dont il s’était fait des idoles, le \Tai peuple, celui pur qui et avec qui j’ai chanté, condamné à ne plus croire à rien, à ne plus aimer rien, se tient en dehors des évolutions de la plitique, conune un jury imprtial, appelé à prononcer-souverainement un jour sur les longs débats de notre époque avocassière et cupide.
Dans un tel état de choses, où la chanson peut-elle prendre son pint d’appui? Qui peut-elle satisfaire? Comment former ce chorus généi-al nécessaire à la propagation de ses refrains? A peine a-t on daigné remarquer de jeunes talents qui se sont jetés dans cette mêlée avec provision de graves et de joyeux couplets.
PnÉFACE.
Malgré le mérite de leurs œuvres et de leui's efforts, aucun n’a obtenu les encouragements que les partis ont l'habitude de prodiguer à leurs coryphées ; bonne fortune qui contribua tant à ma réputation.
K ces causes de mon silence j’oserai ajouter une réflexion d’un ordre pins élevé.
Nous ne devons jiunais l’oublier : la gloire de la France est d’avoir fait non-seulement une grande révo- , lution politique, mais une inunense, révolution sociale. 89 a créé de nouveaux éléments de civilisation, et leur coordination, jusqu’à présent tnjp négligée pai‘ nos gouvernants, copistes du passé, est devenue l’œuvre indispensable. Elle appelle plutôt, je le crois, le concours de la science et de la philosophie (j’entends la véritable philosophie, qui n’est ni la psychologie, ni l’idéologie, ni réclectisme, etc., etc.) que celui des belles-lettres et des beaux-ails. Ceux-ci doivent attendre que le grand problème soit résolu, c’est-à-rlire que l’oi-die dans l’égalité règne enfin, pour .s’utiliser au service d’une phase nouvelle de civilisation. Quel accueil recevrait uu chansonnier qui, sur des airs de ponts-neufs, réclamerait l’organisation de la démocralie, cette œuvre si importante qui reste loujom-s à fgire et à laquelle les républicains mêmes ne semblent pas penser ?
Le poêle eire aujourd'hui à l’aventure, au milieu des essais de constnictions et des ruines amoncelées : qu’il abandonne donc l’arène aux doctes et aux sagi's qui vicndronl, s’ils ne sont déjà venus, ce que ji' n’osc
PRÉFACE
affirmer par respect pour nos grands hommes d’Élal. Cependant, si je ne me trompe, bien pénétré des besoins actuels, le poëte doit se réfugier dans l’avenir pour indiquer le but aux générations qui sont en marche. liC rôle de pro])hète est assez beau, et M. de Lamartine me semble s’en être emparé, i)ai tieulièremenl dans , Jocelyn, avec toute la supériorité du génie.
Cette réflexion et quelques autres, inutiles à rapporter, m’avaient donné l’idée d’entreprendre un ouvrage , en prose pour l’éducation des classes laborieuses, afin d’utiliser ma vieillesse. J’y ai longtemps rêvé; malhe\ireusement, ce n’est pas au déclin de la vie qu’on se fait un talent nouveau, et je ne jaiis concevoir d’fpuvre éicrite à laquelle l’art soit étranger. C’est pousser trop peu loin sans doute l’amour du bien public que de le .subordonner à une si puérile vanité. Je m’eu accuse ; qu’on pardonne à ma nature ainsi faite.
Dans im but moins utile j’avais presque promis d’écrire des notices sur quelques-uns de mes contemjMirains, morts ou vivants. J’ai fait plus, j’ai essayé ce travail, et ])liisieui‘s biographies ont été à |x'n prèachevées.
Mais bientôt, frappé de l’imiwssibilité d'être toujours suftisamment instruit et pai’ consécpient toiijoms juste pour les bommt's de.s différentes opinions, soit eu raison du pèle-méle des docunieuls, soit à cause des retours jwssibles dans des existences non achevées, soit enfin par la faibles.st> qu’inspire au jieinireson altacbeiiii’ut pour (|uelques-uns de ses mmlèles, j’ai renom-é
I'IUHACK. !l
;‘i collo làclie pénihlc cl détruit mes piemièrcs, éltaiifhes. S’il est doux de casser des arrêts injustes en rectifiant des accusations erronées et trop sévères, coinliien n’y a-t-il pas à souffrir quand, jwur être vrai, il faut diminuer dn lustre d’une belle vie que la vérin on une haute intelligence n’a pu préserver de toute faute; surtout si l’on est convaincu, comme je le suis, que détruire sans nécessité et an jour le jour les admirations du peuple, c’est travailler à sa démoralisation !
llenonçanl donc au travail biographique, j’ai continué de chanter, mais rarement et pour moi seul. Si on s'occupe un jour de mes derniers vers, on y reconnaîtra riionime (|ui, autrefois, osa entrer en lutte avec un l>ouvoir imposé par l'étranger; un peu modifié sans doute, mais aussi plus à l’aise dans cette liberté morale que la retraite, seule ptnit procurer. Si les regards du public sont d'aliord un encouragement pour l’écrivain, à la longue ils lui deviennent une gène. 11 semble qu’il y ail des engagements pris avec lui auxquels ce maître imjiérieux ne permet pas qu’on échappe. Vous a-t-il a|)|)laudi sous tel costume, ne vous avisez pas d’en changer, même |ioiu’ être mieux : il feindra de ne pas vous reconnaître. Il m’a comblé de ses faveurs, et j’en suis reconnaissant; toutefois, comme chansonnier, ne voulant plus avoir affaire à lui qu’après ma mort , j’ai cm pouvoir me dégager un peu des formes rhythmiques auxquelles je me soumettais constamment pour lui plaire et dans l’intérêt do la cause que j’ai défen-
PREFACF.
duc. Ou s’en apercevra à l’absence d’un choix d’airs j)Our lieaucoup de ces dernières i liansons *, ce qui ne m’a pas empêché de me les elianler souvent sur des aii-s improvisés, d une voix chevrotante. Surtout on remaixjuera que j’ai fait moins usage du refrain obligé, dont jusque-là je n’avais osé m'affranchii’, ayant obs(>rvé que, sans ce retour des mêmes paroles, la chanson avait moins d’empire sur l’oreille et sm’ l’esprit des auditeurs. Combien de peine, bon Dieu ! le refrain ne m’a-t-il pas donnée ! Combien de nuits passées à ramer pour venir rattacbei- à cet immobile {voteau ma pauvre nacelle, qui n’eùt pas demandé mieux que de voguer en liberté au gré de tous les vents ! .le dois le reconnaître jwurtant : si j’ai eu à souffrir de cette servitude, elle n’a pas été sans avantage j»our moi. Avec raison j’ai dit du refrain qu’il était le frère de la rime : comme elle, il m’a forcé à résumer mes idées d'une manière plus succincte, et à mieux en approfondir l’expression.
Ces courtes observations prouveront que, plein de respect pour le public, j’ai toujours cherché à lui complaire, me livrant jrour cela au travail le plus coiLscieiicieux. Dans les chansons de ma vieillesse, il pourra se convaincre qu’au moins, sous ce rapjwrt, l’àge ne m’a rien fait négliger.
■ tie.>i airs marqiu-s en lêtc de ta ptuparl des « tiaiisons ijiii l'ii eonqmrlent ne l'nnl pas tons élé par fauteur.
{Sote rie l'Kriitem .)
PRÉFACE
Ce n’est certes pas moi qui aurais deviné ce qu’on appelle aujourd’liui la littérature facile, ennemie mortelle (le luette autre littérature qui fit le charme de ma vie et fut si longtemiis l’orgueil de la France.
Sc’pU'iiiliie ISli.
Tour-, ;> M’iiloiiilire IXTiS.
Mon aiF.ii I’kiiuotin.
Un lie saurait li'op |>rcii(li'c de piécaiilioiis. En vous céilanl tous mes droits sur mes rliaiisoiis imprimées et publiées par vous [et je n'en reconnaii pas autres que celles de l'édition tK-8*), en vous cédant, dis-je, tous mes droits sur mes chansons, aujourd'hui et à toujours, je vous ai égalenicnl cédé la propriété des cliansons que je pourrais faire jusqu'à l'époque de ma mort, quel qii’en pùt être le nombre. Voilà déjà plusieurs années que, iMiur prix d'acquisition, vous me servez nue rente du huit cents francs; cette rente viagère, vous avez voulu dernièrement la \K)iier à douze cents francs" : c'est le moins que moi, jMnir rei-oniiaitrc tous vos bous procédés, je vous assure par tous les mojeiis la propriété iiüii-seulenienl des chansons publiées, mais aussi des cliansons que je fais encore de temps à autre.
‘ L’édition iii-8‘ dont parle ici Béranger est l'édilion en quatre voliiines publiée en 18ôô-3i, et ornée de cent quatre gravures, {üole (te l'Kdileur.)
L'éditeur de Béranger ne croyait pas avoir besoin de dire que, depuis 1838 (date de ectie lettre), la rente viagère a été successivement augmenlée. En 1817, elle était |mrtée à deux mille quatre cents francs, l'ne lettre, de Béranger, publiée alors avec les dix rhaii.sanx im'itiles, témoigne de la diflicullé qu'on eut à lui faire accepter une modilicalinii qui doiildail ainsi son iiiodesie revenu. Ivpuis ce temps, d'autres augnienintions, toujours imposées avec peine à Béi-miger ]iar son éditeur, avaient plus que triplé le ebilfre de douze cents francs dont il est question plus haut.
(.Vo.V de l'Éditeur.)
Sur le I aliirr où je les écris, j ni eu soin de meltre ; Ce cahier apparlieut à M. Perroliii, cmformémenl à l'arle pae*é soutt seiiifi privé entre lui et moi. .\iusi. à ma mort, vous n'aure/. qu'à les réclamer, pour que ces rhaiisons vous soient remises, de iiiènie que le peu de notes que j’ai pu faire sur les anciens volumes, notes intercalées dans un exemplaire de ma publication in-12'. Mais, comme ties j)apiers peuvent disparaître et se jicrilre . je veux . quant aux chansons manuscrites , premlre encore une autre précaution. Je vous remets donc une copie faite par moi <le ces chansons nouvelles, et vous prie de les dé- |K(ser entre les mains du notaire qui a votre couliance(M. I)cfresne) : jt^ vous pi omcts de vous envoyer celles que je pouriai faire par la suite |Hinr les ajouter à re premier dépôt , afin qu elles attendenl là ré|)oqU(Mle ma mort, bien déterminé que je. suis à n’eu publier aucune désormais, ainsi que le porte la roiiveiition faite entre nous. .\ye/, donc bien .soin, mon cher ami. de les tenir sous triple cachet, |Kiur i|iie piusoime n'en puisse preniire connaissance. S'il me vient îles corrections à y làire, je les consi<ïnerai sur le cahier qui reste dans mes mains et les joindrai par errata aux envois suliséqiients c|ue je vous adresserai.
Vous senlez que c'est dans votre seul intérêt et pour l’acquil de ma conscience que je prends tons ces soins, qui ne me sont pas ordinaires. Il est juste que je vous assure la propriété: exclusive des chansons de ma vieillesse, qui ii'auront peut-être d'autre mérite que de compléter les mémoires chantants de ma vie. mais qui aurunt au moins ce mérite.
Vous concevez que, dans l'impression , il ne faudra pas s'as- Ireiudre à l'ordre que j'établis ici. Si cela m'est pissible, j'indiquerai dans quel ordre il faudra les publier.
r.e que je vous demande, c'est que, dans le cas improbable où vous viendriez à mourir avant moi, le dépôt que vous ferez 1 liez le notaire me .soit remis, sans rupture de cacbet ; vous promettant de mon côté de prendre tous les arrangements nécessaires pour assurer à vos béritiers la pi'cqiriété dé cOs
‘ ée> notes se trouvent à la lin du présent Viduinc.
iflole lie t'Cilileuh)
chansons. Il suffit , je crois, pour cela, que vous laissiez un mol de votre main qui ordonne que la remise du dépôt me soit faite. Cette remise est nécessaire pour que lu publicalion n’ait pas lieu sans mon consentement, dans le cas où votre fortune tomberait dans les mains d’un mineur. Pardonnezmoi de penser ainsi à tout, même au\ circonstances les plus pénibles; vous savez que cela est dans mon caraclère. Vous en aurez la preuve à ma mort, car vous verrez que ilans mon lestament ' j’ai eu .soin de faire mention de l'acte passé entre nous, qui vous donne la propriété do mes chansons imprimées et manuscrites.
Comme je pense que vous garderez celle lettre, je suis bien aise de vous y donner un témoignage de ma gratitude jwur vos procédés à mon égard. Vous êtes venu à mon secours dans un moment bien difficile; et je dois ajouter, pour ceux qui en ont été surpris, que si je n'ai pas eu une plus grande part dans vos bénéfices, c'est que je n’ai pas jugé cela juste , sachant pour combien votre industrie a été dans le succès de la grande édition. J'ai été au reste bien récompensé de ma conduite \>ar celle que vous avez tenue envers moi. Rccevez-en mes lemerciments et l’assurance de toute mon amitié.
,\ vous de cOMir.
P. J. DE BÉRANCER.
■ llèran>;ei' parle d'un de ses premier^ leslamenis, ipi’il a inodilié ilepois DC>8. i.Vo/c ilr l'fjUlnir.)
PLUS ÜE VERS
Ain lies Trois Couleurs,
Non, plus de vers, quelque amour qui m'anime : La règle et l’art m’échappent à la fois;
Un écolier sait mieux coudre la rime Au bout du vers mesuré sur ses doigts.
Devant le ciel lorsque tout haut je cause Avec mon cœur, au fond des bois déserts,
L’écho des bois ne me répond qu’en prose.
Dieu ne veut plus que je; fassi* de vers.
Dieu ne veut plus! Et, comme aux fins d’automne, Le villageois, dans ses clos dépouillés,
Rf'garde encor si l’arbre en sa couronne Ne ( acbe pas quelqut's fruits oubliés,
•le vais cherchant; pour cela je m’éveille;
.Mais l'arbre est mort, fatigué des biveisi ;
DER.MÉBES CHANSONS
Qu'il manquera de fruits à ma corbeille!
Dieu ne veut plus que je fasse de vers.
Dieu ne veut plus ! El pourtant dans mon âme J’entends sa voix dire au peuple craintif :
Lève ton front, peuple, je te proclame De la couronne héritier présomptif.
Il dit : et moi, joyeux de prescience.
Lorsque j’.allais, par de nouveaux concerts.
Peuple Dauphin, l’instruire à la clémence.
Dieu ne veut |)lus que je fasse de vers.
UN an(;e
Air de la Pipe de tabac, «K.'J'ai vu partout daus mes voyages.
D’où naît cette pure auréole Dont les rayons frappent mes yeux?
U’esl un anf{e, un aiif;e qui vole Entre mon front chauve et les cieiix.
, (lomme un doux luth sa voix m’attire, El ses cheveux lou({s et flottants Embaument l’air tpie je respire Des plus doux parfums du printemps.
Oui, c’est un aiifte; car mes rides l'eraieiit fuir lu simple heauté Qui lirait dans mes yeux humides Des souvenirs de vohqité.
DK liKRANGEH.
Mais l’ange aux gi âces iniioi ent(“s, Presque heureux d’èlre venu lard, Sourit quand ses mains earessantes RéchaufTent les mains du vieillard.
Cet ange écarte d’un coup d’aile Les songes iioirs qui m’étreignaieni ;
Il serait mon guide fidèle Si mes faibles yeux s’éteignaient.
An but de ma course éphémère Qii’enfin j’arrive harassé,
Comme un nouveau-né par sa mère.
Sur son sein je mourrai beiw.
Mais de mourir pourquoi parlé-je.
Quand pour vivre il me tend la main?
Son souIRe a fait fondre la neige Qui cachait les fleurs du chemin.
Et pour ma soif, dans le voyage.
De ses lèvres coulent toujoui's
Des baisers plus doux qu’au jeune âge
Ne m’en prodiguaient les amours.
J’en suis donc sûr, il est des anges Qui, vers nous prenant leur essoi-.
Au pauvre enfant donnent des langes, A la pauvre mère un peu d’oi-.
Vous, leur sœur, d'une âme lavie Agréez le culle pieux;
Qu’avec vous j’aché\e la vie.
Qu’avec vous je remonte aux cieux.
DERMÈRF.S CHANFONS
li: l'HKMX
Am :
Jailis, en des diinats loinlains,
Vivait sur de fertiles plafjes Une république de sages ITeureux des plus obscurs destins.
Le phénix vint sur l’autre rive.
Vile, à sa cour il les fit appeler.
Son héraut criait : « (Jii'on me suive 1 Dépédiez-vous ; l’oiseau peut s'envoler. «
l’ai’loul l'esclave galonné Va disant ; « Mon maître a des aib*s A couver vingt peuples fidèles;
Venez voir l’oiseau couronné.
Pas n’i'sl liesoin de vous l’apprendre.
An bien de tous il aime à s’iminoli'c.
S’il nienrt, il renail de sa cendre.
l)é|M'‘chez-vnus; l’oiseau peut s’envoler, n
\nl ne bouge. Il ajoute (>ncor :
« .Ne pas le voir serait dommage.
Hien d’aussi beau que son plumage, Son bec de perle et ses pieds d’oi'.
Vrai soleil, s;i riche couronne,
Sur vos moissons daignant étinceler,
Les mûrirait. Dieu me pardonne !
Dépèriiez-voiis; l’oiseau peut s’eiivnler. >•
DK BÉltA.NC.KIi.
Un viftillard enfin lui répond :
Il Cesse, ami, tes vaines fanfares ;
Nous préférons, nous, vrais liai bares.
A Ion oiseau poule (jui pond.
Pourtant il nous plaît fort enlendre Chanter linots, colombes roncouler.
Le chant du phénix est moins tendre;
C’est chant royal ; l’oiseau peut s'envoler.
Il Sache qu’en son bûcher fumant Nos péi’es l’ont osé surprendre.
(Ju’ont-ils découvert dans sa cendre?
Hélas! un cœur de diamant.
Tmd être unique en son espèce h’aucun amour n’a pouvoir de brûler.
Plaignez les rois, dit la Sagessi*.
Nous les plaignons; l’oiseau peut s’envoler. »
LUS CIIANSONNBTTKS
A UUAZIEI!
SIO> VOISIN A PASSÏ Et MON A.NCIEN COUI.Èlilt Al CAVKAL,
on, EN m'envotant son RECiEii, m'a adressé I NE FORT JOUE CHANSON
Air ; Aiusi jadis un ^rand prophète.
Brazier, grand merci de ton livre,
De nos beaux jours gai souvenir.
■ Depuis que celle chanson est faite, Brazier a cessé de vivre ; il était inoins Age que moi. (.'c.st un des vaudevillistes
24 DF.RMKKF.S CHANSONS
Quoique un peu las déjà de vivre,
Je le chante pour rajeunir.
Que de soupers! Que d'ainourelles !
Que de vrais amis à viiif,d ans !
C’est là le temps des chansonnettes,
Oh ! le Iwn temjts ! oh ! le Iwn temps !
Des airs que module une amie,
A vingt ans naît plus d’un refrain.
Nos vers nai’guent l’Académie,
Nos plaisirs, tout censeur chagrin.
La montre d’or paiera nos dettes ;
Q» e sert de compter les instanLs?
C’est là le temps des chansonnettes.
Oh ! le hon temps ! oh ! le Iwn temps !
Chauve déjà, mais jeune encore .!(' me vois admis au Caveau ;
Là lu fais d’une voix sonore Applaudir maint couplet nouveau ;
Moi, j’y chante un hymne aux gi’iseltes, l*oi-te-l)onheur fie mon printem|»s.
i|Ui ont obtenu le plus de succès au théâtre, et Désaugiers le regardait coinme celui de tous qui faisait le mieüx les couplets de pièces. Chansonnier sans travail, mais aussi sans prétention, il était remarquable par un talent d'allure vive et gaie. Brazier méritait d'ètre aimé. Incapable d'envie, il rendait justice même à ceux qu'il se voyait préférer. la^s opinions légitimistes, qu'il avait cru devoir adopter, ne le rendaient ni servile ni intolérant, ce qu'on ne pourrait pas dire lie tous ses confrères du C,aveau. (Sole ite BérangrrS • J'avais trente-trois ans. [Sole de Béranger. )
DE BÉRASGEIt.
iT.
Vive le temps des chansonnettes 1 Oh ! le bon temps ! oh ! le bon temps !
Je vois encor régner à table Désaugiei-s, notre maître à tous,
Bon convive si regrettable,
Trop l'on des rois, mais roi des fous.
Coulez, bons vins, sautez, lilleiies,
A Si» voix (pie toujours j’entends.
V'ive le temps des chansonnettes !
Oh ! le bon teni[)s ! oh ! le bon teiipis!
Moi, depuis, aux vieilles pagodes J’adressai de vertes lei,rons.
Si l’on dit cpic j’ai fait des odes,
N’en crois rien : j’ai fait des eliaiisoiis.
Cst-ce leur faute, les pauvrettes.
Si leur |)ére avait cincpiante ans ?
.Adieu le temps des chansonnettes!
Oh ! le bon temps ! oh ! le bon temps !
Voisin, riiiver n’ose t'atteindre :
Ton recueil charmant en fait foi.
Ma gaieté, (pi’un rien vient éteindre.
Trouve à se rallumer chez toi.
Oui, grâce à ta muse en goguelles,
Gràc(.‘ à tes refi’ains si chantants.
Je rêve au temps des chansonnettes.
Oh ! le bon temps ! oh ! le bon temps !
IIER.MÈRES CHANSONS
LES FUIIRMIS
Aih (le la Vetitc CendrilHdi.
(Juel bruit dans la founniliôre !
On s'asseinbk’, ou jiarle, on court ; Suivi d’une armée entière,
Le roi part avec sa coui’.
Un avocat les inonde
De mots qui me sont transmis.
« Conquérons, dit-il, le monde.
Gloire immortelle aux fourmis ! a
L'armée atteint dans sa marebe De fiers pucerons camj>és Près d’un fétu cpii fait arche Sur deux cailloux escaïqx’s.
L(? roi dit ; « De bairs lanières Cbassons-les, braves amis.
Dieu combat sons nos bannières.
Gloire immortelle aux fourmis! »
L’autre peuple a son Hercule, l’anx dieu qu’il invoque alors :
On va, vient, pousse, recule,
Ab ! (pic de sang et de morts !
Les pucerons et leurs lares En déroute enfin sont mis.
IiE IIÉIU.NGEII.
Exterminons les barbares.
(Moire immortelle aux fourmis!
Vilt! un bulletin détaille Tous les exploits faits céans, Proclamant cette bataille La bataille des géants.
Reste à piller le royaume Des vaincus in extremis.
Que de brins d’herbe et de chaume Gloire immortelle aux fourmis !
Un arc de triomphe en paille Voit rentrer le roi vainqueur;
Et la foule qui travaille,
A jeun, le salue en chœur.
Puis un Pindare en extase Lance une ode aux ennemis.
Les fourmis aiment l’emphase.
Gloire immortelle aux fourmis I
Tout enivré de sublime,
Le barde ajoute ces vers :
« Des temps je franchis l’abime; Fourmis, à nous l’iniivers!
Nous saurons, que nul n’en doute.
Ce globe une fois soumis,
Des cieiix nous ouvrir la route.
Gloire immortelle aux fourmis ! »
Tandis que l’auteur bravache Vole aux Titans leurs projets.
Dans son urine une vaclie Noie auteur, prince et sujets.
Le seul (|ui trouve un refuge Veut qu’à sec Dieu se soit mis Pour suflire à ce déluge.
Gloire immortelle aux fourmis!
Li: IIAPTÊMK
Ül Al. oc II.
.Vin ;
(I Nous voilà sujets de la Pi'ance, (Jiii nous envoie un gouvei uem-.
Y gagnera-t-elle en jniissanceV
Y gagnerons-nous en bonheur ?
DKCXIÈME tOKSE.
De ce toit, vois d’ici le maîtie, llonajKu U', ami des Français :
Tandis qu’il aide à leui s sticcès,
Un second (ils lui vient de naître'.
■ Nupuléon Roiiiipai'lc irsl né le I j août 176!*, jour île I Assomption de la Vierpe, peu de mois après le traité i|ui réunit dénnitivemciit la Corse à la France. Son ()èrc, Charles Bonaparte, avait d'abord été très-opposé aux Français; mais M. de Marbeuf linil par l'altaclier à leur cause, qui était dans l’intéi. rét de cette île. (Nolf itf Hérangi’i'.)
PREHIER CORSE.
Dans toute l’ile une fête a donc lieu?
DEDXIÈME CORSE.
D’être à la France on y rend strâce à Dieu.
PREMIER COR.><E
On dispose ainsi de la Corse Sans nous dire ; Y consentez-vous?
La règle des rois, c’est la force;
Ont-ils parlé ; peuple, à genoux !
DEUXIÈME CORSE
Dieu le veut, comme il veut la joie De ces époux qu’on vient fêter.
A l’église on va présenter L’enfant qu’à leur cœur il envoie.
PREMIER CORSE
Où va la foule, au pied de ce rempart?
DEUXIÈME CORSE
Voir de la France arborer l’étendard.
PREMIER CORSE
Sur nous, qu’avait opprimés Gênes, ün autre joug va donc jieser?
Ce n’est pas à changer de cliaînes (Jue l’on apprend à les briser.
DEUXIÈME CORSE
Voilà le baptême qu’on sonne;
Le cortège part triompbant.
Ce (ils n’est pas leur seul enfant ;
D’où vient tout l’espoir qu’il leur donne