LA FLEUR ROUGE
A moi -seul!... pour moi seul!... Oh! toute ma pensée Fixe, ardente et jalouse, allait, en frémissant, Vers cette fleur de pourpre, à ta gorge placée Comme une goutte de ton sang;
Chaude émanation , larme rouge, venue Des sources de ce cœur où tu m'as fait puiser, Et que j'aurais voulu, sur ta poitrine nue, Boire, à genoux, dans un baiser!
Ta robe, autour de toi, flottait comme un nuage; Tes cheveux déroulés m'embaumaient en passant ; Mais je suivais toujours, sur les bords du corsage, L'étoile au disque rougissant.
A moi seul!... pour moi seul!... J'ai la fleur. 0 folie! 0 rêve!... humide encor des tiédeurs de ta peau; Et cette fleur n'est pas de celles qu'on oublie, Ou qu'on attache à son chapeau!
Au plus suave endroit de mon plus cher poëte, Demain, dans quelque beau volume à tranche d'or, Grave, religieux, et découvrant ma tête, J'ensevelirai mon trésor ;
Afin que — tous les deux ayant cessé de vivre — Quelque couple, ici-bas, jeune et tendre, à son tour, Devine notre histoire, en exhumant du livre Le squelette de notre amour!