AU GRAND TONNEAU D'HEIDELBERG
Monstre des temps homériques, Dans les nôtres déclassé ; Polyphème des barriques , Dont l'œil au ventre placé
Provoque avec assurance — Avortons d'un siècle obtus — Nos tonneaux qui sont en France, Etroits comme nos vertus !
Foudre géant, qu'à ta forme On prendrait pour un vaisseau, Du bon vin cercueil énorme Dont je possède un morceau.
Je veux, plein d'un effroi vague, Et m'agenouillant trois fois — Comme un dévot dans sa bague .Met un fragment de la croix —
Sur un reposoir gothique^ Dans un coffret de satin , Enchâsser ton bois mystique, Tiède aussi d'un sang divin!
Heidelberg!... par tes féeries, Par tes gnomes familiers, Par tes noires brasseries Où chantent tes écoliers,
Par ton château , sous les nues Debout comme un souvenir, Au nom des splendeurs connues Et des gloires à venir,
Puisse au loin, joyeux cratère , Ton fût, sur tes monts planté, Envahir toute la terre Sous un flot de volupté!
Et puisse la paix féconde , Comme dans un saint anneau, Un jour enfermer le monde Au cercle de ton tonneau ! . . .